Quand la culture résiste : le témoignage de Rima Abdul Malak

Peut-on encore parler de culture quand tout s’effondre ?

Quand les populations sont frappées par la guerre, les déplacements forcés, les catastrophes naturelles ou la grande précarité, l’urgence semble laisser peu de place à l’art, au rire ou à l’imaginaire. Et pourtant.

Invitée de l’émission L’Invité·e des Matins du samedi sur France Culture, à l’occasion de la semaine thématique « La culture à l’épreuve », Rima Abdul Malak a rappelé avec force combien la culture peut jouer un rôle déterminant en temps de crise. Un témoignage d’autant plus précieux qu’elle parle d’expérience : au début des années 2000, elle a été directrice des programmes de Clowns Sans Frontières France.

 

La culture comme soutien moral en contexte de crise

Au micro de Nicolas Herbeaux, Rima Abdul Malak revient sur les nombreuses missions qu’elle a menées aux côtés de CSF-France, notamment à Gaza, au Bangladesh, en Birmanie ou aux Philippines. Des contextes marqués par la violence, l’exil ou la perte, mais dans lesquels l’intervention artistique a ouvert des espaces inattendus.

« À chaque fois, il y a cette force des artistes, la magie du spectacle, qui réunit des milliers de personnes et qui crée des émotions inoubliables, qui apportent un véritable soutien moral à des populations en détresse. »

Dans ces situations extrêmes, les artistes de CSF-France ne viennent pas nier la réalité, ni l’adoucir artificiellement. Ils viennent créer des moments de respiration, de reconnexion à soi et aux autres, là où tout semble figé par la peur ou la souffrance.

 

Des ateliers pour se reconstruire

Au-delà des spectacles, CSF-France développe depuis de nombreuses années des ateliers artistiques en lien avec des travailleurs sociaux, des psychologues, des médecins, mais aussi directement avec des enfants et des adolescents.

Rima Abdul Malak évoque l’impact profond de ces espaces de création, qu’ils soient fondés sur la musique, la danse, le théâtre ou le cirque :

« J’ai pu voir dans leurs yeux, dans leurs mots, les changements que permettaient soit la musique, soit la danse, soit le théâtre, soit le cirque. C’était à chaque fois extrêmement transformateur. »

Ces ateliers permettent d’exprimer ce qui ne peut pas toujours être verbalisé, de reprendre confiance, de retrouver une forme de pouvoir d’agir. Ils tissent des liens, restaurent l’estime de soi et ouvrent un champ des possibles, même temporaire.

 

Un impact difficile à mesurer, mais bien réel

Dans le monde humanitaire, l’impact est souvent évalué à travers des chiffres, des indicateurs, des données mesurables. Or, comme le souligne Rima Abdul Malak, l’impact de la culture échappe souvent à ces critères, sans pour autant être moins essentiel.

« Cet impact-là, il est souvent difficile à raconter parce qu’il n’est pas quantitatif, mais il est réel. Ça peut véritablement changer des vies. Sauver des vies, je ne sais pas, mais changer des vies, oui. »

Changer une vie, c’est parfois permettre à un enfant de rire à nouveau, à une communauté de se rassembler, à une personne traumatisée de ressentir autre chose que la peur ou la tristesse. Ce sont ces transformations discrètes mais profondes qui sont au cœur de l’action de CSF-France.

 

Défendre une vision exigeante de la culture

Ce témoignage résonne particulièrement avec l’engagement de CSF-France depuis plus de 30 ans : défendre l’accès à la culture comme un droit, y compris – et surtout – en période de crise.

La culture n’est pas un supplément d’âme. Elle est une ressource vitale, un levier de résilience, un espace de dignité. À travers ses mots, Rima Abdul Malak met en lumière ce que les équipes de CSF-France et leurs partenaires locaux constatent chaque jour sur le terrain.

 

Continuer à porter le rire là où on ne l’attend pas

Alors que les crises se multiplient et s’intensifient, ce rappel est essentiel. Il nous invite à continuer à défendre une action humanitaire globale, qui prend en compte les besoins matériels autant que les besoins émotionnels et sociaux.

À Clowns Sans Frontières France, nous continuerons à porter cette conviction : Là où tout vacille, la culture peut encore tenir debout.

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