Rencontre avec… Nathalie Baldo, nouvelle administratrice du CA de CSF

Artiste chorégraphe, Nathalie Baldo accompagne Clowns Sans Frontières depuis plus de vingt ans. Des missions à Madagascar, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Lesotho ou aux Philippines jusqu’aux actions menées en France auprès des personnes exilées et des familles accompagnées par le Centre Primo Levi, son parcours témoigne d’un engagement artistique profondément ancré dans la rencontre, le partage et la conviction que le mouvement, le rire et l’imaginaire sont des ressources essentielles pour se reconstruire. En rejoignant le Conseil d’administration, elle apporte une connaissance précieuse du terrain et un regard singulier sur la place du corps et de la danse dans les projets de l’association.

QUELQUES MOTS SUR SON PARCOURS

Danseuse et chorégraphe, Nathalie Baldo collabore avec Clowns Sans Frontières depuis 2003. Au fil des années, elle a participé à de nombreuses missions internationales, d’abord en tant qu’artiste puis comme directrice artistique, notamment à Madagascar, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Lesotho et aux Philippines.

En parallèle de son travail de création artistique, elle s’est également engagée dans plusieurs projets portés par Clowns Sans Frontières en France, notamment auprès de personnes migrantes dans la région de Calais, puis dans le cadre d’ateliers artistiques menés avec les familles accompagnées par le Centre Primo Levi.

Aujourd’hui, elle rejoint le Conseil d’administration avec le désir de partager son expérience de terrain et de contribuer à la réflexion sur la place du mouvement, du corps et de la danse dans les actions de l’association.

Interview en 3 questions …

« Cette mission a mis en lumière l’absolue et universelle nécessité du rêve, de l’imaginaire et du rire »

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager durablement avec Clowns Sans Frontières, et comment cet engagement a évolué au fil de tes projets à l’international puis en France ?

« Quand je suis partie la première fois, en 2003 à Madagascar, je ne connaissais pas vraiment CSF. Sauf à avoir vu passer le nom ici et là. J’avoue que l’enthousiasme de cette première mission tenait surtout à la perspective d’un voyage lointain, d’une expérience nouvelle, de rencontres, de partages.

C’est une fois sur place, dans l’action, dans la rencontre avec le terrain, les publics, les artistes sur place que j’ai vraiment saisi l’importance du pourquoi j’étais là.

Vivre sur le terrain, voir de près les conditions de vie, la situation sanitaire etc. et face à nous, à nos spectacles, les sourires, les éclats de rire des enfants (et adultes), les retours des artistes locaux, ONG locales, publics adultes etc. a déclenché quelque chose de fondamental pour moi.

Je travaillais depuis quelques années déjà avec ma compagnie à la création de spectacles qui mettaient en jeu la nécessité du rêve, la puissance de l’imaginaire pour se construire, grandir, pour envisager un futur… Je le faisais sans en avoir conscience et cette mission a mis en lumière ce sur quoi je travaillais, ici en France, et de l’absolue et universelle nécessité du rêve, de l’imaginaire, du rire. Et bien sûr de la nécessité encore plus grande pour des enfants vivant dans des situations où l’urgence du quotidien donne peu ou pas d’occasion à ces échappatoires.

Je suis donc repartie l’année suivante en sachant bien pourquoi j’y allais, au Rwanda, en tant que directrice artistique, puis encore à Madagascar et au Rwanda, puis en Afrique du Sud et au Lesotho avec Gilles Porte, puis aux Philippines plusieurs fois.

Malgré tout, et en toute honnêteté, la perspective du voyage, des rencontres avec d’autres cultures est restée aussi un beau moteur. (J’aurais aimé être ethnologue…)

Cette ouverture sur le monde, sur une réalité du monde, est ce que m’offre CSF. Et puis on reçoit tellement de ceux que l’on rencontre là-bas…

En 2011, suite à une petite action au profit de CSF dans le Nord, une vente aux enchères d’objets rouges menée avec l’équipe lilloise qui était partie aux Philippines, nous avons été contactés par Médecins du Monde pour intervenir dans les jungles de Calais et alentours. Lors du repérage, avec Seb, j’ai découvert une situation pire que celle rencontrée dans certains camps de réfugiés au Rwanda. La nécessité d’intervenir là s’est imposée. Le voyage en moins.

Nous avons monté une équipe lilloise et sommes intervenus pendant plusieurs années, très régulièrement, avant que les interventions en France s’orientent aussi vers d’autres populations migrantes, dans d’autres lieux.

Je trouve plus difficile d’intervenir en France. J’ai moins de recul. C’est là, tout à côté de chez soi. On pourrait y être tous les jours…

Mais c’est aussi très fort, très puissant de rencontres et de partages. Et complètement nécessaire. »

 

« Une éruption d’humanité »

Qu’est-ce que les ateliers parents-enfants menés avec les familles du Centre Primo Levi au Centquatre t’ont appris sur la place du geste, du jeu et de la création dans des parcours de reconstruction ?

« Je suis danseuse et la place du geste est pour moi centrale. La danse est un langage d’avant le langage. Il y a une universalité du geste qui permet la rencontre. Même si les codes ne sont pas toujours les mêmes ; tous nous marchons, tous nous portons notre main à notre bouche pour nous nourrir, tous jouons avec la gravité pour ne pas tomber et ce depuis la nuit des temps.

Le mouvement est ce qui nous fait vivants. Bouger, danser, vibrer, faire des acrobaties ou des galipettes, tournoyer, sauter plus haut, danser à deux, tout ça est inscrit depuis longtemps, depuis l’enfance et au-delà dans nos corps. Le geste, le mouvement, lorsque nous sommes en atelier, réactive tout ça. On réanime. On transfère de la bonne énergie.

Les corps se redressent, s’ouvrent, le regard est plus haut. La posture change après deux ou trois heures d’atelier. Souvent, ça bouge dans tous les sens, c’est le grand bazar, c’est animé. Animer au sens littéral : donner vie.

Et puis aussi quelque part, notre corps est le dernier refuge de notre singularité, de notre authenticité dans les situations les plus terribles de ce monde en vrac. Retrouver la connexion avec son corps, ses possibilités de respirer tranquille, de bouger comme on ne l’a peut-être jamais fait ou pas fait depuis longtemps est un sacré plaisir. Les participants nous le disent.

La danse mais aussi, d’une autre manière, le cirque, le clown permettent cela. La musique aussi. Le mouvement est libérateur. Et il libère les sourires, autorise le rire.

Dans les ateliers avec Primo Levi, les participants ont tous les âges et sont de plusieurs nationalités et religions. Quelque chose de la joie passe aussi par le plaisir de regarder, de voir les autres en mouvement. Comment les « autres », ceux d’un autre pays, d’un autre âge, d’un autre genre, bougent.

Une curiosité pour l’autre. Les parents qui regardent les enfants. Les enfants qui regardent les parents. Les adultes qui se voient bouger ensemble…

J’ai lu il n’y a pas longtemps une expression qui va bien je trouve : une éruption d’humanité.

Quelque chose de très enfoui et de très joyeux resurgit à travers la pratique du mouvement. « Dansez, sinon nous sommes perdus », disait Pina Bausch. Cette belle phrase a toute sa place ici. »

 

« La danse fait communauté »

En tant qu’artiste chorégraphe, quel regard singulier souhaites-tu apporter au CA pour renforcer l’impact artistique, humain et social des projets de CSF ?

« CSF a été fondé par des artistes venant du cirque, des musiciens, des clowns. On est peu de danseurs finalement. Les danseurs et danseuses ne sont pourtant pas si sérieux·ses !

Il y a un peu plus de dix ans, j’étais déjà entrée au Conseil d’administration, pour témoigner des expériences de terrain dans le Nord. Mais entre le travail, la direction de ma compagnie et la famille, je n’avais pas beaucoup de temps à consacrer à CSF en dehors des missions.

Je peux à présent être plus disponible, m’engager plus activement au sein du CA, apporter mon expérience de terrain bien sûr, après plus de vingt ans d’engagement, et engager peut-être une réflexion sur la place du mouvement, du corps, de la danse sous toutes ses formes, traditionnelles, locales, d’improvisation, dans les missions spectacles et ateliers, ainsi que dans les actions de soutien menées auprès des équipes locales.

La danse fait communauté, elle rassemble petits et grands, elle crée du lien, elle peut se déployer dans tous les espaces, sur tous les sols. Elle peut être drôle, absurde, poétique. Elle embarque, elle enchante.

C’est du vivant. Du grand vivant. »

Bienvenue Nathalie !

Depuis plus de vingt ans, Nathalie Baldo porte les valeurs de Clowns Sans Frontières sur les terrains de mission comme dans les projets menés en France. Son expérience artistique, son engagement auprès des publics les plus vulnérables et sa réflexion sur le rôle du corps et du mouvement dans les processus de reconstruction constituent une contribution précieuse pour l’association.

Nous sommes heureux de la retrouver au sein du Conseil d’administration et de poursuivre avec elle cette aventure humaine et artistique au service du droit à l’enfance, au jeu, à l’expression et à la rencontre.

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