Clowns Sans Frontières © Achil Bras – Palestine 2019

Témoignages

Témoignage de Doriane, responsable artistique dans les Territoires palestiniens

Doriane Moretus est une artiste professionnelle investie bénévolement au sein de Clowns Sans Frontières. Elle est la responsable artistique du projet de l’association dans les Territoires palestiniens depuis 2019 et nous parle de sa démarche de création artistique et de la collaboration avec les artistes palestiniens lors de nos missions. En 2021, une équipe artistique de CSF réalisera des représentations de spectacle dans les écoles des camps de l’UNRWA pour favoriser la réduction des violences psychologiques faites aux enfants palestiniens.

  • Doriane, responsable artistique du projet de CSF dans les Territoires palestiniens

« Le contexte de travail des missions de Clowns Sans Frontières en zone de conflit ou de crise humanitaire est bien entendu très différent de celui que nous connaissons en tant qu’artistes professionnels en France. En Palestine et dans les autres territoires d’intervention, le maitre mot est l’adaptation. Notre objectif est d’offrir un vrai spectacle de qualité, un moment complètement hors du commun, loin de leur quotidien.

Nous arrivons sur les lieux et commençons à animer l’espace publique rien que par notre installation. La préparation du spectacle à vue est déjà un évènement un peu intrigant pour les enfants et même pour leurs parents.

Pour créer le spectacle, je me saisis des compétences de chacun pour pouvoir créer une forme qui mette en valeur tout le monde. Nous travaillons en un temps record. Du coup, les artistes palestiniens sont un peu bousculés par la rapidité de notre tempo de création. Nous avons peu de temps de répétitions et je me lance le défi de créer un vrai spectacle qui réponde à de réelles exigences qualitatives malgré le contexte local particulier. C’est un rythme très intense où il faut être vraiment inventif.  Mais l’urgence fait justement jaillir de très belles idées, il faut savoir les saisir. Cette urgence se ressent aussi ensuite dans le rythme très soutenu des spectacles que nous présentons sur place.

Clowns Sans Frontières © Achil Bras - Palestine 2019

Je travaille de façon très visuelle, très colorée et très rythmée, en portant une attention particulière aux costumes, maquillage, perruques, ainsi qu’aux éléments de décor et aux accessoires. Je fais très attention à l’espace de jeu et au confort du public. Je m’inspire beaucoup du burlesque. J’essaye de créer un univers poétique et même très métaphorique avec peu de moyens.

Nous nous adaptons aussi aux jauges qui sont énormes en Palestine, il faut donc capter l’attention de tout le public. Le rythme est très important car les enfants peuvent vite être distraits du fait des conditions qui ne sont pas faciles, visibilité réduite, bruit de fond, chaleur… Nous devons les faire adhérer à notre proposition dès le début sinon ils décrochent très rapidement.

Nous élaborons une histoire composée de formes courtes structurées par un fil narratif. L’idée est de trouver un thème auquel les enfants puissent se raccrocher. On essaie de créer des personnages auxquels les enfants puissent s’identifier. Magie, acrobaties, danses sont très présents dans ces spectacles du bout du monde. J’aime également intégrer beaucoup de musique. Nous formons un petit orchestre avec de la musique live et nous avons également un Ipad qui permet de créer un autre univers sonore plus burlesque.

 

Souvent, dans nos malles, nous ramenons des éléments de costumes, maquillage et d’accessoires de chez nous qui amènent un peu de fantaisie ou d’exotisme dans le spectacle. J’intègre aussi des références locales, de la musique locale, des mots en arabe, etc. Nous pouvons aussi détourner des objets usuels de chez eux pour donner une autre vision du quotidien. On essaie de bousculer les idées reçues que les publics peuvent avoir : le personnage le plus fort, n’est en fait pas le plus musclé ; celui qui est le plus beau, n’est pas le plus gentil, etc.

Par contre, on essaye toujours de veiller à ne pas manquer de respect à la culture locale. Selon les cultures, on ne fait pas les mêmes propositions, on s’adapte, on interroge nos artistes locaux pour savoir si tel ou tel scène pourrait choquer l’audience.

Mon envie est de créer un spectacle qui soit beau, inattendu, réjouissant et de laisser de jolis souvenirs, comme quand on laisse quelques confettis derrière nous, après notre départ, un temps suspendu ou l’on n’est pas un enfant dans un camp, ou dans un bidonville, ou une prison mais juste un enfant qui rit et qui s’amuse !

L’objectif ultime est d’arriver à créer des spectacles que les artistes locaux pourront un jour produire sans nous avec d’autres comédiens palestiniens. On choisit de travailler avec des vrais circassiens professionnels. Il faut qu’ils aient déjà un parcours et une expérience riche ainsi que des facultés d’adaptation car le contexte de travail est très particulier. Nous devons nous compléter les uns, les autres. On s’adapte aux personnalités de chaque artiste, on compose avec ce que l’équipe dégage.

En cours de spectacle, il nous arrive même de devoir adapter, revoir ce qu’on avait prévu, couper une partie, en accélérer une autre, etc. On est en constante écoute de l’énergie que nous renvoie le public afin d’être le plus en accord possible avec leurs émotions et qu’ils vivent réellement un moment de rêve et de déconnection.

Clowns Sans Frontières © Achil Bras - Palestine 2019

Ma collaboration avec les artistes palestiniens a débuté en 2019. Le travail de clowns que nous avons entrepris avec eux était une grande première pour ces artistes circassiens. Ce sont principalement des acrobates, ils ne connaissaient pas beaucoup le travail du clown. Nous leur avons donné une formation accélérée pour qu’ils en acquièrent l‘esprit. Evidemment, ce n’est qu’une approche basique du travail du clown. Ils ont expérimenté la création d’un spectacle comique.  Pour la majorité des interprètes, c’était une des premières fois qu’ils faisaient rire. D’habitude, leurs créations sont plutôt sombres. Mais ils ont été très à l’écoute et très généreux donc nous allons continuer à partager nos univers, faire du clown et faire des spectacles avec eux tout en nous nourrissant de leurs envies que nous pourrons mieux anticiper maintenant que nous nous connaissons en retournant collaborer avec eux en 2021. »

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