Clowns sans Frontière © Joseph Banderet – Éthiopie 2017

Témoignages

Témoignage d’Aly Sobhy Dessouki, partenaire artistique égyptien depuis 10 ans

  • Aly Sobhy Dessouki

    partenaire artistique égyptien depuis 10 ans

Aly est un comédien égyptien qui a participé au collectif de clowns Red Tomato (Outa Hamra) qui s’est formé en 2011 pendant la révolution en Égypte. Il s’engage depuis 2009 aux côtés de Clowns Sans Frontières, tout d’abord au sein du projet Égypte et maintenant dans le cadre des interventions menées en Ethiopie. Il a également participé aux Rencontres Internationales de Clowns Sans Frontières en janvier 2019. Après 10 ans de participation aux interventions et aux activités de l’association, le comédien revient sur ce que ces expériences lui ont apportés.

 

Comment as-tu rencontré Clowns Sans Frontières ?

Nous nous sommes rencontrés en 2009. La cheffe de mission d’alors s’appelait Céline. Elle a assisté, par hasard, au spectacle que je jouais avec un autre comédien, Hany, puis elle est venue nous parler pour nous proposer de travailler avec CSF. Au début, on ne comprenait pas bien ce qu’était Clowns Sans Frontières mais le spectacle m’a donné envie de collaborer avec l’équipe française !  […]

Quand je me suis engagé avec Clowns Sans Frontières, je travaillais avec un groupe de théâtre en Égypte et j’avais un peu d’expérience de jeu dans l’espace public. Au départ, je concevais ma participation aux missions de CSF comme un apprentissage ; j’ai utilisé cette expérience pour acquérir de nouvelles compétences et méthodes de jeu d’acteur. Etre clown, c’était très intéressant pour moi, en tant que comédien, c’était mon rêve !

Après deux ou trois missions, j’ai réalisé que ce n’était pas juste à propos de moi ; on jouait pour les enfants, pour faire bouger la société. Avec le collectif égyptien auquel je participais, on se rendait compte que les plus démunis n’avaient pas accès aux spectacles, aux performances, mais nous avons découvert que nous pouvions les atteindre par le clown.

Clowns sans Frontières © Joseph Banderet - Éthiopie 2017

Qu’est-ce que CSF a changé dans ta manière de travailler ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Pour Clowns Sans Frontières, l’art est une cause sociale. CSF est une ONG qui apporte un soutien psychosocial aux enfants vulnérables et aux populations en situation de crise humanitaire.

J’ai observé des changements dans mon engagement et ma façon de travailler avec CSF en 10 ans, la vision que j’ai de mon travail artistique a complètement changé. Au cours des deux premières missions, j’allais aux répétitions, et aux spectacles mais je ne faisais rien de plus. Ensuite, lors des deuxième, troisième et quatrième missions, j’ai réalisé que cela représentait plus que faire mon travail d’acteur professionnel […]. Aujourd’hui, j’ai cette exigence de comprendre ce que je fais et je me suis donné le devoir d’aider les autres à travers mon travail. Rencontrer CSF m’a fait grandir plus vite et a changé la vision que j’avais de mon rôle dans la société. […] Cette façon de voir les choses a donné de la valeur à mon travail, je me sens efficace, et plus heureux !

En quoi penses-tu que l’action de Clowns Sans Frontières soit importante ?

Je pense que rire est un droit pour tout le monde, pas seulement pour ceux qui ont l’argent pour aller voir un spectacle ou une pièce de théâtre. C’est vraiment capital que les enfants des communautés socialement marginalisées aient le droit de rire et de s’amuser. Même si leurs besoins principaux, comme se nourrir ou se vêtir, ne sont pas satisfaits, c’est très important d’avoir droit au répit, qu’ils ne pensent plus à leurs problèmes, à leurs besoins, même une heure. […] Pour moi ça devrait être un droit, leur droit, de ressentir de la joie et d’être heureux. Le clown est l’un des outils que nous possédons pour avoir un impact social. Les enfants adorent le clown, ils nous comprennent et nous écoutent.

Pour moi, Clowns Sans Frontières est une activité que j’adorerais mener toute ma vie parce que, même si je veux être acteur et que c’est ce que j’aime faire, je ne veux pas oublier mes responsabilités et ma société ! J’ai cette responsabilité de rendre les enfants heureux. Je pense que Clowns Sans Frontières est la seule chose qui me rappelle : « Aly ! N’oublie pas tes responsabilités ! » et c’est vraiment bien de sa part.