Dans les camps du Soudan du Sud, l’art devient un refuge et un langage commun. 

Quand l’art ravive l’élan de vie au cœur de l’exil 

« À Gorom, dès le lendemain de votre premier spectacle, un des enfants est revenu avec un nez de clown qu’il avait fabriqué lui-même. Un geste simple, mais qui témoignait déjà de l’impact profond de votre passage.
Lors de l’ambulation pour annoncer les shows, nous avons immédiatement ressenti l’enthousiasme grandissant : une foule s’est formée spontanément, mêlant enfants et adultes. Même les femmes se sont mises à chanter, poussant des exclamations de joie. » 

Delfine Bermijn · CICR – Coordinatrice adjointe de la Protection / Rétablissement des liens familiaux 

Ces mots racontent mieux que tout autre discours ce que les arts vivants peuvent provoquer, même — et surtout — dans les contextes les plus fragiles. Entre février et mars 2025, Clowns Sans Frontières France (CSF‑France) est intervenu au Soudan du Sud, aux côtés du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), pour apporter rires, émotions partagées et espaces d’expression à des populations réfugiées fuyant la guerre au Soudan. 

Créer de la joie là où tout vacille 

Depuis 2023, le conflit au Soudan a entraîné des déplacements massifs vers le Soudan du Sud, notamment autour de Djouba et d’Aweil. Les camps accueillent majoritairement des femmes et des enfants, marqués par la violence, la perte et les ruptures successives. 

Dans ce contexte, CSF‑France intervient avec une conviction forte : le rire, le jeu et la création sont des besoins essentiels, au même titre que la sécurité ou l’accès aux soins. Ils permettent de souffler, de se reconnecter à soi et aux autres, et de redevenir pleinement acteur ou actrice de son quotidien. 

Des spectacles qui recréent du lien 

Sur le terrain, une équipe composée de cinq artistes, d’une logisticienne et de deux volontaires locaux a conçu, en seulement quatre jours, un spectacle mêlant clown, musique, danse et acrobaties. Pensée avec et pour les communautés, cette création a pris la forme d’une parade joyeuse suivie de représentations dans le camp de Gorom et au centre Confident Children out of Conflict (CCC)

Très rapidement, l’impact s’est fait sentir : 

  • Les enfants ont investi les spectacles comme de véritables espaces de jeu et de liberté, propices à l’imagination et à la confiance en soi. 
  • Les adultes ont partagé ces moments avec eux, riant ensemble, chantant parfois, retissant des liens familiaux fragilisés par l’exil
  • Les équipes humanitaires ont observé un climat plus apaisé, favorisant la relation et la confiance avec les communautés. 

L’enthousiasme décrit par le CICR — la foule qui se rassemble spontanément, les chants, les rires — illustre la capacité des arts vivants à créer une dynamique collective immédiate et profondément humaine. 

Un impact qui se prolonge au‑delà des spectacles 

Au‑delà des représentations, la mission a laissé des traces durables. La présence de volontaires sud‑soudanais au sein de l’équipe a permis une vraie transmission. À l’issue de l’intervention, plusieurs d’entre eux ont exprimé le souhait de poursuivre des initiatives artistiques de manière autonome. 

Ce désir de continuité est un signe fort : les arts vivants ne se consomment pas, ils s’approprient. Ils deviennent des outils que les communautés peuvent faire vivre bien après le départ des artistes. 

Une action sans frontières, cohérente et engagée 

Parce que la guerre dépasse les frontières, les actions de CSF‑France s’inscrivent dans une approche globale et cohérente, du continent africain jusqu’à l’Europe. 

  • Au Tchad et au Soudan du Sud, nos équipes interviennent dans les camps de réfugiés aux côtés de partenaires humanitaires comme le CICR et Médecins Sans Frontières (MSF)
  • En France, à Calais, Saint‑Omer et Longuenesse, CSF‑France accompagne des mineurs non accompagnés, dont beaucoup ont fui le Soudan, en créant des espaces sécurisés de jeu, d’expression et de créativité. 

Partout, les objectifs sont les mêmes : redonner une place à l’enfance, restaurer la dignité, renforcer le lien social

Les arts vivants, une force de résilience 

Cirque, clown, musique, danse et jeu forment un langage universel, capable de traverser les cultures et les histoires personnelles. Ils ouvrent des moments suspendus où l’on peut rire ensemble, partager, respirer — et se souvenir que l’on est vivant. 

Les sourires, les chants spontanés, ce nez de clown bricolé par un enfant, sont autant de preuves que, même dans les contextes les plus éprouvants, la culture reste un levier puissant de résilience et de reconstruction collective

À travers ses interventions d’urgence comme ses actions de long terme, Clowns Sans Frontières France continue de défendre une certitude simple et essentielle : 
là où le rire circule, l’espoir trouve toujours un chemin. 

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