TERRITOIRES PALESTINIENS

•    Clowns sans Frontières intervient depuis 1994 dans les territoires palestiniens, dans un contexte chaque année plus fragile. Pour en...

•    Clowns sans Frontières intervient depuis 1994 dans les territoires palestiniens, dans un contexte chaque année plus fragile. Pour en savoir plus voir projets passés en Israël & territoires palestiniens.

•    Un nouveau projet a vu le jour en 2007 pour soutenir le développement d’une jeune école de cirque à Ramallah.

•    Une session de formation aux arts du cirque a été organisée en juillet 2007 à Ramallah. Le stage s’est achevé par la création d’un spectacle qui a été joué 10 fois en Cisjordanie, dans les villages et les camps de réfugiés palestiniens, pour près de 4 000 enfants.

Depuis l’éclatement de la seconde Intifada en septembre 2000, le conflit israélo-palestinien s’est enfermé dans le cycle infernal de la violence. L’économie palestinienne s’est effondrée, le taux de chômage atteint 50% et deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 2002, la construction du mur, la « clôture de sécurité » qui sépare la Cisjordanie du territoire israélien, est venue aggraver les conditions de vie de la population palestinienne : arrachage d’oliviers, destructions de champs et de plantations, séparation des familles, isolement du lieu de travail, isolement des infrastructures sanitaires…

C’est dans ce contexte difficile qu’un projet fou a émergé dans l’esprit de Shadi Zmorrod, comédien et metteur en scène palestinien : celui de créer une école de cirque à Ramallah. En août 2006, après un stage intensif conduit par des circassiens européens auprès d’une dizaine de jeunes palestiniens d’horizons artistiques divers, il fonde la Palestinian Circus School à Ramallah.

Informés de la naissance de ce projet, nous avons souhaité soutenir cette jeune école de cirque.  Suite à plusieurs échanges avec Shadi Zmorrod et des ONGs implantées sur le terrain, notamment Terre des hommes Italie, nous avons proposé de mettre en place un projet axé sur deux volets : formation et spectacles : d’une part, la formation des élèves et des formateurs de l’école, d’autre part la création d’un spectacle commun, joué dans les camps de réfugiés et les villages de Cisjordanie. Il s’agissait de répondre aux besoins de formation de l’école, sans perdre de vue le cœur de l’action de Clowns sans frontières, celle d’apporter la magie du spectacle dans les lieux les plus défavorisés et les plus dépourvus d’activités culturelles.

La mission a eu lieu du 13 juillet au 4 août 2007.

Les ateliers :

Les ateliers ont été menés auprès de jeunes circassiens palestiniens issus principalement de la Palestinian Circus School, mais aussi du « Sirk El Saghir» de Naplouse (le « Petit cirque ») et de sa branche de Jenine. Le faible nombre de stagiaires (7 participants) a permis de mieux se concentrer sur chacun d’entre eux et de proposer des modules de travail individuel pour perfectionner certaines techniques.

Les 4 premiers jours d’ateliers ont permis d’aborder la formation de formateurs, certains étant déjà formateurs auprès d’enfants, dans le cadre d’animations dans les camps ou dans le cadre des cours donnés à l’école de cirque. Nous leur avons transmis des outils pédagogiques pour construire leurs séances de cours, ainsi que tout un ensemble de jeux et d’exercices pouvant être utilisés avec les enfants dans le cadre d’animations.

La seconde partie du stage a été consacrée à la formation artistique. Nous avons exploré plusieurs disciplines en gardant toujours le souci d’allier apprentissage de la technique et ouverture de l’imaginaire, pour les amener à développer leur propre univers artistique.

Disciplines abordées :
-clown (travail sur les états, les émotions, recherche de personnages, improvisations…)
-détournement d’objets en marionnettes
-fabrication d’instruments de musique à partir d’objets de récupération
-jonglage (sacs plastiques, balles, massues, gros ballons)
-acrobatie (travail individuel, portées, pyramides…)
-rythme/ musique (jeux rythmiques, batucada collective…)
-danse (chorégraphies collectives)
-travail corporel (échauffements, prise de conscience des articulations, étirements…)

Les spectacles :
A l’issue des ateliers, 3 palestiniens parmi les 7 participants au stage ont été intégrés à la création du spectacle et à la tournée.

3 jours de création ont permis d’explorer un univers décalé, peuplé de personnages ubuesques, tous habillés en rouge et en orange. Peu à peu, ces personnages se découvrent, se rencontrent et transforment tout ce qu’ils trouvent en instruments de musique ou en marionnettes. Le spectacle proposé alternait des moments collectifs, notamment de belles chorégraphies (passing collectif de sacs, batucada avec des bidons…) et des moments de duos ou de solos, tels de petits numéros de cirque insérés dans l’ensemble. Les artistes ont offert aux enfants un univers burlesque et poétique, porté par une création musicale métissée mêlant accordéon et trompette orientale.

10 représentations ont eu lieu pour près de 4 000 enfants au total : dans les camps de Shufat, de Jalazone, d’Amaari, de Jenine, d’Askar, dans les villes de Naplouse, Ramallah, Hebron et Yatta, et dans le village de Saffa, près de Ramallah. Partout, les spectacles ont donné lieu à de beaux moments de magie et de bonheur.

Tout au long de la tournée, les déplacements de l’équipe franco-palestinienne ont été grandement facilités par le Consulat de France, qui a mis en place une coordination avec les autorités israéliennes pour le passage des check points.

Partenaires sur le terrain :
La Palestinian Circus School, le Consulat de France à Jerusalem, le Centre Culturel Franco Allemand de Ramallah, le Centre Culturel Français de Naplouse, Terre des Hommes Italie, El Sirk El Saghir (Naplouse), EJE (Enfants, Jeu, Education), les associations locales (Ard El Atfal, Dar El Funun, Centre for Happy Childhood, Handala Cultural Centre, The Freedom Theatre-Jenine…), les centres de jeunes et les centres pour enfants.

Partenaires financiers :
Cultures France, Mairie de Paris, ADAMI, Ministère de la Culture, Air France.

Extrait du journal de bord / mission juillet-août 2007 :

16 juillet
D’année en année, la situation s’aggrave ici, le conflit s’enlise, les gens perdent espoir. Cette énorme lassitude et ce désespoir se lisent constamment dans les regards, dans les soupirs… Et pourtant, il y a toujours une énergie qui sort d’on ne sait où, prête à soulever des montagnes. Organiser un spectacle de cirque, et c’est parti. De clubs de jeunes en centres pour enfants, d’ONG en ONG, les passerelles se montent à toute vitesse, les propositions fusent, l’émulation collective prend de l’ampleur. Une journée de repérages pour moi à Naplouse aujourd’hui pendant que les artistes donnent les ateliers à Ramallah . Tant de gens rencontrés, tous aussi enthousiastes. Youssef, de l’association « Dar El Funun » dans le camp de Askar (« la maison des arts ») me dit : « on essaye de donner à nos enfants tout ce qu’on n’a pas pu avoir dans notre enfance ».

L’ambiance des ateliers est super, les stagiaires sont très motivés, très attentifs, mais le groupe est beaucoup moins homogène que ce qui était prévu au départ. On devait donner un stage à des adultes (des jeunes confirmés de plus de 18 ans et des formateurs). Finalement, on s’est retrouvé avec trois ados de 16 ans, un petit de 13 ans, trois formateurs et deux désistements de dernière minute. Ici, on vit au jour le jour, il est très difficile de caler les choses de manière fixe longtemps à l’avance. On s’y fait, on s’adapte. Les artistes assurent, ils adaptent leurs idées pour les ateliers en fonction des configurations de chaque jour.
Rima

30 juillet
Maintenant, nous sommes en tournée. Le fait de voir du pays me fait je pense mieux sentir la situation de guerre. A Ramallah, nous étions comme un peu protégés de cela car toujours un peu entre nous, maison, école, théâtre. Le seul endroit où nous nous prenions chaque fois un bon coup de poing dans les tripes était le check point de Kalendia, pour entrer et sortir de Ramallah. Là maintenant, sur la route de Ramallah à Jenine, puis vers Naplouse, les check points se succèdent et nous les passons assez facilement parce que nous roulons dans un bus avec une plaque jaune (israélienne), et pas verte (palestinienne), parce que notre périple est soutenu par les Centres Culturels Français et le Consulat. (…) Hier soir, notre camion s’arrêtant à un check point, je me suis retrouvée avec à quelques centimètres de moi de l’autre côté de la vitre, une lumière blanche dans les yeux. Cette lampe était rattachée à une Kalach, la kalach à un jeune type en treillis, 20 ans à tout casser ! Le même à qui je souris poliment deux minutes plus tard lorsqu’il ouvre la porte du camion pour voir un peu qui, quoi, pourquoi, comment ?
Quelque soit la finalité de cette énorme absurdité, nous donnons des couleurs, du rêve, de la douceur aux enfants, c’est fondamental !
Claude

31 juillet
Dans le spectacle, j’ai un personnage un peu dictateur qui donne des ordres aux autres (donc à des hommes entre autres) à grand renfort de sifflet et de baguette. Au début, je les fais tout installer en leur criant dessus et m’allonge en me regardant les ongles, en me tournant les pouces, hilare, prenant le public à partie. A ce moment là, je jubile en croisant le regard des femmes qui jubilent…

J’adore regarder le visage de l’enfant choisi par Fadi pour servir d’haltère à Cyrille/Frankenstein. Je me régale de ce moment magique qui dure pour nous le temps du tour de piste, pour l’enfant j’espère bien plus.

Les enfants adorent participer, taper dans les mains, me monter en hurlant où se cache Zeina, faire le concours de danse/acro avec Cyrille et Claude. Les « jeunes » eux, filles et garçons, ados et jeunes adultes, tapent dans les mains avec une envie irrésistible et palpable de faire la fête aux moindres notes de musique.
Céline

4 août
Bon ben voilà, c’est fini. Que me restera-t-il en tête ?
Un check point. Un sourire d’enfant.
Une mitraillette. Un sourire d’enfant.
Un bout de mur. Un sourire d’enfant.
Que vivent ces sourires, ces yeux écarquillés, ces bouches bées, ces éclats de rire, ces visages comme suspendus, retrouvant le temps de 50 petites minutes ce que les enfants méritent : l’enfance.
Céline