RWANDA

•    Clowns sans Frontières a organisé deux missions au Rwanda en 2004 et 2005. •    25 spectacles ont été offerts à près de 29 000...

•    Clowns sans Frontières a organisé deux missions au Rwanda en 2004 et 2005.

•    25 spectacles ont été offerts à près de 29 000 personnes, à Kigali, à Nyamata, au Lac Muhazi, et dans les camps de réfugiés de Gihembe et Nyabiheke.

•    Deux musiciens rwandais ont été associés au spectacle pour les deux missions.

•    Des séances d’ateliers ont également eu lieu, à Gihembe, avec les groupes de théâtres, danses traditionnelles et acrobatie du camp, et à Kigali, avec des animateurs sociaux issus de différentes structures.

En 2004, le Rwanda commémore les dix ans d’un génocide qui avait fait en quelques mois près d’un million de morts. Si la vie a repris dans le pays, les terribles événements de 1994 continuent à peser de leur poids invisible.

Des premiers contacts avec l’ONG belge « RCN Justice et Démocratie » nous incitent à envisager une action au Rwanda. Nous menons une mission de repérage en août 2004 pour mieux comprendre la situation sur le terrain et réfléchir à des propositions pertinentes en fonction du contexte rwandais.

Il nous est apparu important, pour une première expérience dans un pays où les français restent mal perçus, d’intégrer deux musiciens rwandais à l’équipe, rencontrés lors du repérage. Nous avons également choisi de privilégier le théâtre d’objets, car il est plus facile pour les spectateurs de s’identifier à un personnage-objet plutôt qu’à un « abazungu » (blanc). Nous avons construit les personnages du spectacle à partir d’objets usuels et quotidiens, détournés de leur fonction d’origine pour vivre une nouvelle vie (sacs tati, calebasses…)

Les spectacles

Pour nos deux missions au Rwanda, en 2004 et 2005, plusieurs thèmes ont guidé l’écriture du spectacle : une réflexion sur la migration des populations, sur l’identique et la différence, l’acceptation de l’autre, l’ancrage, les racines…

Le spectacle a été créé sur place après un temps de récupération d’objets, de fabrication de marionnettes et de répétitions au centre Gatenga-Don Bosco à Kigali.

En novembre 2004, 12 spectacles ont été joués pour près de 6 000 personnes, à Kigali, Gitarama, Cyangugu, Gisimba, Nyamata, dans des centres pour enfants, des MJC, des orphelinats, des centres de rééducation. Une représentation a également eu lieu dans le camp de réfugiés burundais de Gikongoro.

Lors de la seconde mission en novembre 2005, les artistes sont retournés à Kigali, à Nyamata, et sont intervenus dans de nouveaux lieux, au bord du lac Muhazi par exemple. Cette seconde mission a surtout permis d’élargir notre action aux camps de réfugiés, en partenariat avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (ONU).

Trois jours ont notamment été consacrés au camp de Gihembe. Ce camp, existant depuis 1997, géré par le HCR, compte 17 000 réfugiés, dont plus de 9 000 enfants. Rwandophones, ils sont issus d’une vague de migration de « retour au pays » après 1994. Les trois jours de présence de Clowns sans Frontières ont permis de jouer sur le terrain de foot du camp pour un nombre record de spectateurs (6000 à 8000 personnes par représentation !) Des interventions très émouvantes ont eu lieu dans l’hôpital et le centre de nutrition, mais aussi dans une « salle polyvalente » du camp pour la population la plus « vulnérable » (personnes âgées, handicapées, malades…)

Les artistes sont aussi intervenus dans le camp de Nyabiheke, où vit une population récemment déplacée d’un camp HCR qui était trop proche de la frontière avec la RDC. Il est peuplé de 4300 personnes. Il n’y a ni école ni aucune structure pour la prise en charge des jeunes et des enfants. Nyabiheke est perdu en pleine campagne, perché sur une colline, loin de tout…

Au total, ce sont plus de 16 000 réfugiés qui ont pu bénéficier des spectacles.

Les ateliers :

En 2005, plusieurs sessions d’ateliers ont été mises en place :
-Dans le camp de Gihembe : séance d’ateliers avec les groupes de théâtre, danses traditionnelles et acrobatie du camp (une soixantaine de participants)

-A Kigali : suite à la demande du centre Don Bosco, nous avons proposé quelques jours d’ateliers à un groupe d’animateurs (issus des associations Don Bosco, Umuseke et Abunzumbuwe notamment) : les ateliers ont permis d’explorer le jonglage et la manipulation d’objets, la marionnette (avec un bout de chiffon en guise de personnage de base), la danse…

Le travail avec des musiciens rwandais :

Les deux mêmes musiciens rwandais ont participé aux spectacles en 2004 et en 2005. Pour la seconde mission, la musique a pris une plus grande part, avec un nombre équivalent de comédiens et de musiciens (4 et 4), ce qui a permis de créer des relations en duo musicien/comédien.

En 2005, une rencontre a eu lieu au début de la mission avec un guitariste aveugle, Fabien, qui joue dans les rues de Kigali en échange de quelques francs rwandais. Des moments d’improvisation musicale magiques ont donné envie à l’équipe d’emmener Fabien dans le camp de réfugiés de Gihembe, où il a participé aux trois jours de spectacles. A l’issue de ces trois jours, Fabien a lu aux artistes un texte qu’il a écrit en braille pour les remercier :

« Jamais je n’oublierai notre rencontre… ce jour où un minibus de « muzungus » (« blancs ») s’est arrêté au bord de ma route pour m’inviter à monter. En vous accompagnant dans le camp et en chantant pour les malades de l’hôpital, j’ai senti à quel point votre investissement et votre présence était dictée par la générosité et l’envie de partage… J’ai été profondément touché de croiser une équipe d’artistes qui met autant d’énergie dans un tel projet… bénévolement ».

Partenaires sur le terrain :
L’association rwandaise Abunzubumwe avec Jean-François et Safi Lepetit, Carole Vignaud, le Centre culturel franco-rwandais, le Centre Gatenga – Don Bosco avec Thérèse Wat, le CICR (Comité international de la Croix Rouge), Enfants Réfugiés du Monde, le HCR (Haut Commissariat aux réfugiés – ONU), IBUKA, Jacques de Lesquen, la MJC de Kimisagara, l’orphelinat de Gisimba, l’ONG belge “RCN Justice et Démocratie”, Thierry Mesas, l’association rwandaise “Umuseke” avec Jacqueline Uwimana.

Partenaires financiers :
AFAA, Ministère de la Jeunesse, de l’Education Nationale et de la Recherche, ADAMI, KLM, Bruxelles Airlines.

Témoignage de Thérèse Wat, institutrice, Centre de Jeunes de Gatenga, novembre 2004.

18 novembre 2004.
“En partage”… “Hagati y’isi n’ijuru” ou “Entre terre et ciel”… Quel nom donner au spectacle de Clowns sans Frontières ? Les six artistes cherchent encore…

Arrivés samedi soir, ils se sont mis en route, dès dimanche, en quête d’accessoires. Le marché leur a permis de découvrir des objets usuels, qui seront détournés de leur fonction et connaîtront une vie insoupçonnée.

Un premier spectacle était offert aux nombreux enfants et jeunes du quartier. Même les mamans qui travaillaient sur le terrain sont venues s’asseoir avant de rentrer à la maison, petite pause pour prendre le temps de rêver et oublier pour quelques instants la réalité quotidienne si difficile à affronter parfois.

Etonnement marqué sur les visages quand Georges sort avec de grands sacs à provision “TATI”. Valérie, Nathalie, Fabrice, amènent à leur tour, une grande quantité de ces sacs de formats variés. Que vont-ils bien faire de tous ces sacs? Umusasi, umusasi… (“ils sont fous”) murmurent des enfants derrière moi. Fabrice et Nathalie s’en coiffent et jouent de petites scènes amusantes, mais riches en messages pour celui qui prend la peine de s’y attarder, jusqu’au moment où ils se cacheront à l’intérieur. Puis, comme par magie, un sac s’anime, puis un autre, puis un autre encore… Les accents du saxo s’accordent très justement à cette improvisation. Le duo de calebasses interpelle…vraiment fous, ces abazungu (“blancs”)! Qui aurait pu imaginer de se déguiser ainsi et d’animer ces récipients qui servent habituellement à recevoir la précieuse urwagwa (“bière de banane”)? les rires éclatent devant l’étrangeté et le comique des situations. Des applaudissements aussi. C’est gagné!

Une “belle dame” un peu provocante charme notre Fabrice, qu’un simple nez rouge a transformé en clown. Une grille à poisson en guise de figure, deux entonnoirs pour les yeux, quelques fleurs, une robe élégante… ont créé ce personnage séduisant qui entraîne clown et public au rythme de sa danse. On comprend facilement l’appel irrésistible, puis la déception du clown quand la belle s’échappe…Tristesse vite compensée par l’intervention de Valérie et Nathalie. Par leurs pitreries, elles parviennent rapidement à sortir le clown de sa torpeur. Le public participe en frappant dans les mains, rit, commente, découvre, s’étonne, vit au diapason des sentiments des artistes. Le spectacle est plein de fraîcheur, de poésie, de tendresse et d’humour.

C’est fini, mais la fête continue dans les coeurs et, espérons-le, inspirera plus d’un à poursuivre le spectacle dans la vie au quotidien… Apprendre à ne pas trop se prendre au sérieux, à garder le sens de l’humour, de la joie: “ibyishimo iteka” – Joie toujours – malgré tout.
Et, à l’écoute des réactions des enfants, une autre suggestion de nom a jailli : “Mwitonde umusasi” (“attention les fous !”)… Vrai qu’un brin de folie est indispensable pour rassembler bien des énergies et porter rire et espoir à travers le monde.

Merci encore à toute l’équipe de Clowns sans Frontières pour ces moments de fraîcheur, d’enfance retrouvée.

Extrait du journal de bord, mission 2004

21 novembre 2004
Camp de réfugiés. Mais à qui sont tous ces enfants? Je ne les ai pas vu arriver. Y a pas trente secondes on était dix, maintenant il y en a 50, 100. Dans ma main, c’est quoi? Un petit oiseau? Oh, une petite main qui fleurette la paume de ma main. Deux petites mains maintenant au creux de mes paumes immenses. Elles sont douces et nous voilà avec deux enfants minuscules au bout de chaque bras.

Dans cette avalanche d’enfants en guenilles émergent quelques plus grands, en attente de quelque chose, mais plus timides pour la plupart, parce qu’ils savent bien qu’en ce moment les rois, ce sont les plus petits, les plus fragiles, qui te regardent droit dans les yeux. Ce sont eux qui te brûlent le coeur avec la braise de leur espoir.

Comme c’est étrange cette fraternité qui nous soude comme deux flancs de montagnes liées par un aqueduc de soie d’araignée. Tant qu’on est là, on est ensemble. Tant qu’on est là, ils ne sont plus seuls. Tant qu’on est là, ils ont l’assurance que nous, témoins, voyons, entendons. Nous n’apportons pas de nourriture, juste un peu de rêve et de sourire dans notre malle bleue, de la danse et de la musique dans nos mains. Mais ça suffit pour déclencher les tambours, les danses et les chants de bienvenue. (…)

C’était un spectacle parmi douze spectacles. Avec les mêmes enfants, les mêmes mamans, les mêmes déracinés et pourtant une chaleur particulière se propage en moi lorsque je repense aux réfugiés revenus du Burundi. Aujourd’hui je sens bien que le pont en soie d’araignée a chevauché les continents pour me lier, sans doute à vie, aux peuples déracinés. Mais par ces enfants menus et fragiles passe aussi le fort sentiment que notre terre file un mauvais coton, et que si l’amour ne retrouve pas ses lettres de noblesse, la saison des pluies sera longue et très boueuse. Ces enfants menus et fragiles sont le creuset où se forge le courage de refuser la fatalité et où commence la source du fleuve Espérance.
Daniel

Je me pose la question de quel rire on cherche, de ce que l’on a envie de faire surgir chez les enfants ou adultes qui nous regardent. Est-ce un rire franc et sonore, rire que je ressens plus de « surface » ou est-ce d’aller toucher un rire plus lointain, peut-être plus discret mais qui résonne plus profondément, qui réveille d’autres sourires endormis (les leurs, ceux de leurs joies passées…) et les fait remonter en surface. Permettre une «réappropriation» de ses propres rires.
Nathalie

Nous avons vécu une histoire magnifique, très riche en émotions et en contacts humains… Ca a été très fort pour moi de me sentir vraiment utile à quelque chose en tant que comédienne. Ce métier qui est le mien prenait tout d’un coup une autre dimension. La rencontre avec tous les partenaires qui ont travaillé avec Clowns sans Frontières pour monter ce projet a été très forte. Les différentes représentations dans les quartiers, les orphelinats, les camps de réfugiés ou les centres de redressement pour enfants « en indélicatesse avec la loi » ont toutes été des moments inoubliables. Et tous les enfants aux dents blanches. Toutes les petites mains qui sont venues se glisser dans les nôtres. Tous les éclats de rire…
Valérie

Témoignages, mission 2005

Le jeu en cercle
Le jeu en cercle permet de multiplier les points de vue du spectateur. On lui laisse une liberté de regard, un choix. Et puis, on ne lui cache rien. Symboliquement, c’est un acte fort. Ne pas cacher ce qui est derrière nous, ne pas avoir de secret, montrer tous nos visages… changer à vue de personnages… Le cercle, c’est aussi le lieu de la répétition, de l’écho, de l’intimité, du murmure, de la résonance… et aussi du tourbillon, de la torsion, du virage, de l’enroulement… toutes choses qui concernent le pourquoi on joue là. Le circulaire permettra aussi d’explorer les idées du voyage, de la transhumance, de l’ancrage, des racines, du retour…
Nathalie

Le détournement d’objets
Des objets issus du quotidien, du leur et du nôtre. Des choses simples, bricolées, traficotées, bidouillées, transformées sur place. Partir d’éléments connus des gens pour les emmener ailleurs, les faire rire. Le théâtre d’objet, l’objet détourné, c’est de la « poésie bricolée ». Ce voyage là, dans l’imaginaire, c’est une migration aussi, une bonne, une éphémère, une indispensable. Une petite transhumance dans sa tête… J’aime cette phrase de Claire Heggen qui dit que ce ne sont pas des objets qu’on manipule, mais c’est une mémoire, une pensée.

Les calebasses par exemple sont à la fois contenant, résonant, masque… Nous pouvons imaginer un petit peuple à tête de calebasse.. qui enlève sa tête et l’utilise comme bagage à main pour le voyage, la vide et la remplit de choses nouvelles… et finirait par l’utiliser comme instrument de musique (un peu de musique dans la tête pour oublier…)
Nathalie

Témoignage de Mme Félicité, directrice de l’école primaire publique de Gatenga, Kigali

27 octobre 2005
(…) Quand ils ont mis les calebasses sur leur tête, j’ai compris leur ressemblance. Cette ressemblance a suscité dans mon cœur une joie profonde, ils étaient beaux, ils étaient égaux, et ils faisaient la même chose. J’ai vu aussi qu’il y avait les deux musiciens rwandais qui étaient en communion avec eux. Tous étaient dans l’harmonie. J’ai eu l’impression que c’est possible de vivre ensemble, de se réjouir ensemble, malgré la diversité. Quand ils ont enlevé la calebasse de leur tête et qu’ils l’ont mise en haut, j’ai eu l’impression du reniement de leur ressemblance, chacun voulait être distingué des autres. J’ai vu de la mésentente entre eux. J’ai pris peur dans mon cœur parce que je me suis rappelée le moment de la guerre. (…)
Le moment des bananes m’a touchée. On mangeait, mais on n’a pas oublié ceux qui n’ont rien. Cet amour fraternel m’a touchée au cœur. Partageons ce que nous avons, c’est très important pour que chacun et chacune soient heureux dans ce monde.

Extraits du journal de bord, mission octobre-novembre 2005

28 octobre : Kigali, école primaire publique du quartier de Nyanza
Monsieur Jackson, le directeur de cette école, travaille souvent en collaboration avec l’association Umuseke. Il y a 800 élèves qui fréquentent son école, et un grand nombre d’entre eux sont issus de milieux très très pauvres. M.Jackson est allé chercher une bonne partie d’entre eux sur le dépôt d’ordures à proximité de l’école. Ces enfants sont réellement pris en charge, il règne une ambiance chaleureuse et saine dans cette école. Le spectacle prend du rythme et fonctionne très bien, il y a une très bonne ambiance générale, tout se passe dans la joie et la bonne humeur, dans l’écoute et le respect de chacun. Le public a aussitôt associé notre venue à la présence de Jacqueline et de ses collègues avec l’association Umuseke. Les enfants ont accueilli Jacqueline en disant « vous revenez ! on est très contents !!!».

Une fois de plus, notre action vient renforcer un travail et un maillage de terrain existant, dans lequel nos partenaires sont bien impliqués, c’est une réelle collaboration dans la complémentarité. Jacqueline est très heureuse que nous soyons venus à Nyanza, cela lui permet d’affiner le partenariat entre Umuseke et l’école tout en l’abordant sous un angle différent. Le tempérament paisiblement obstiné de Jacqueline a conquis l’équipe à l’unanimité. Sa sagesse et sa détermination font d’elle une femme battante, qui semble inébranlable, faisant face à toute épreuve avec lucidité et sérénité.
Marik

29 octobre, lac Muhazi
A l’arrivée du groupe des artistes dans l’espace de jeu, les regards se figent, les visages sont tendus vers ces « muzungus » bizarres, l’attention est à son comble et le silence des habitants abasourdis en dit long. Passés les premiers instants de stupeur, peu à peu la perceptible tension laisse place à des éclats de voix sonores, des interjections, puis des rires. Des commentaires hauts et forts dans lesquels on peut entendre souvent les habituels « umusazi » (= ils sont fous !) … C’est un régal de voir les femmes s’esclaffer devant nos « immeubles en  sac tati  » que les musiciens bousculent sans cesse, usant des sons péremptoires de leurs instruments. C’est un bonheur aussi de voir les ouvriers écarquiller les yeux en entendant qu’une scie leur chante une comptine rwandaise.

Le spectacle terminé, une distribution de nez s’organise au portail, les bouilles charmantes des bambins s’éclairent soudain d’un lumignon rouge qui gagne en intensité sur ces visages d’ébène entre des yeux brillants et des dents d’ivoire.

Le temps passe trop vite à Muhazi, il nous faut ranger rapidement pour pouvoir prendre la route avant la nuit. Difficile de quitter cet endroit, et ses habitants… mais nous avons encore beaucoup d’autres lieux à découvrir et d’autres rencontres à faire… Tout au long du chemin et jusqu’à des kilomètres de là des petites mains s’agitent sur notre passage devant des visages coiffés d’un petit bout tout rond et tout rouge … nous n’en revenons pas … ils sont venus de si loin pour voir le spectacle … ils étaient environ 180 à traverser les collines, courir par monts et par vaux à notre rencontre au bord du lac Muhazi.
Marik

31 octobre, camp de Gihembe
Nous installons un très grand cercle sur le terrain de foot. Le terrain étant construit à flan de colline, le terrassement nous permet de bénéficier d’un gradin pour une bonne partie du public.

6000 paires d’yeux pour cette première représentation dans ce camp du HCR qui en compte 17000. Pour notre équipe c’est un impressionnant record…. Difficile d’imaginer ce que perçoivent les plus lointains spectateurs, mais quoi qu’il en soit, ils sont là et s’amusent avec tout le monde du début à la fin.

Le spectacle est gratifié d’un franc succès, autant de la part des adultes que des enfants. Les vagues d’enfants se referment sur nous dès que le cercle est levé… les chauffeurs ont un mal fou à manœuvrer et à dégager les véhicules de la foule…. Les enfants sont littéralement collés aux voitures. Fabien, le guitariste aveugle qui nous accompagne, a le sourire aux lèvres, il dit avoir beaucoup apprécié ce qu’il a perçu de la musique, et aussi des retours publics. Son frère Emmanuel nous dit : « ça m’a fait plaisir de voir autant de personnes différentes réunies pour s’amuser et rire d’une même voix : je ne savais pas que c’était possible !… et je suis étonné d’apprendre que vous faites ça sans intérêt !»

Après le spectacle, nous partons à l’hôpital et au centre de nutrition du camp pour des interventions de « chambre à chambre ». Nous choisissons de privilégier les interventions musicales d’Albert et de Matgos puis de Fabien, avec des toutes petites ponctuations imagées et improvisées de la part des comédiens. Fabien est accompagné de Charles (notre chauffeur) et de son frère Emmanuel qui le guide. Il chante plusieurs chansons dans chaque chambre et sa présence suscite des moments de grande émotion. L’épais silence qui plane entre deux morceaux de musique en dit long sur l’intensité de l’attention et de l’écoute.

Une maman nous raconte que son enfant hospitalisé depuis plus d’un mois a bougé pour la première fois aujourd’hui en entendant la musique. Une autre femme nous remercie d’avoir pensé également aux malades, et non pas seulement aux personnes valides du camp. (…)
Marik