MADAGASCAR

•    Entre 2000 et 2004, Clowns sans Frontières a organisé 7 missions à Madagascar, principalement en faveur des enfants des rues. •   ...

•    Entre 2000 et 2004, Clowns sans Frontières a organisé 7 missions à Madagascar, principalement en faveur des enfants des rues.

•    Nous avons pu apporter la magie du spectacle à plus de 25 000 personnes du nord au sud de l’île.

•    Parallèlement aux spectacles, nous avons mis en place un programme de formation auprès d’une quinzaine d’éducateurs sociaux à Tuléar. Plusieurs sessions d’ateliers ont eu lieu et ces éducateurs sont devenus de véritables relais pour notre action.

•    Depuis 2006, un nouveau projet a démarré à Madagascar dans la région de Mananjary. Projet en cours à Madagascar

Madagascar fait face à une misère grandissante dans un contexte de crise chronique. L’instabilité politique et économique du pays depuis plus de 30 ans a creusé les fractures sociales, et entraîné une situation d’urgence quasi permanente pour une grande partie de la population, surtout dans les grandes villes. Actuellement 72% des malgaches vivent avec moins d’un euro par jour. Les premières victimes de la pauvreté sont les enfants : les moins de 15 ans constituent près de 45% de la population. Un tiers d’entre eux ne sont pas scolarisés et plusieurs milliers sont livrés à eux mêmes dans la rue.

Sur place, ONG et associations locales se sont mobilisées dans un objectif commun de restructuration sociale (re-scolarisation, aide au travail, prévention…) après la prise en charge des besoins de première urgence. Suite à une première mission menée en juin 2000 à la demande de Médecins sans Frontières, Médecins du Monde et Handicap International, l’action de Clowns sans Frontières à Madagascar s’est inscrite dans la durée, afin d’accompagner ce travail d’aide à la réinsertion sociale mené au quotidien par nos partenaires sur le terrain. Le projet s’est développé pendant 4 ans autour de plusieurs axes forts : les spectacles, les ateliers pour les enfants, les ateliers pour les éducateurs, la collaboration avec des musiciens locaux.

Les spectacles

En 2000, deux équipes artistiques se rendent à Madagascar. L’une en juin joue à Tananarive, dans des centres de « rééducation », des orphelinats et pour les enfants des rues des quartiers les plus défavorisés de la capitale. L’autre, en novembre, parcourt le pays du nord au sud, jouant à Antsirabé, à Fianarantsoa et à Tuléar, dans des centres pour enfants, des prisons, des bidonvilles, des institutions pour personnes handicapées… A la demande de nos partenaires (Médecins sans Frontières, Médecins du Monde, Handicap International), des messages de sensibilisation sur l’hygiène et le choléra sont intégrés dans le spectacle. Près de 40 spectacles sont donnés au total pour plus de 15 000 personnes. Ces tournées ont un impact très positif, apportant des moments de rire et de fête aux enfants des rues et des prisons pour mineurs. Elles font naître une envie de suivi, à la fois pour continuer à offrir des spectacles aux enfants et pour mettre en place des ateliers.

Entre 2001 et 2004, 5 autres missions sont organisées à Madagascar : près de 50 spectacles ont lieu au total pour plus de 10 000 personnes, dans le cadre de missions alternant ateliers et spectacles. A Tananarive, Fiananratsoa, Ambositra, Antsirabé et Tuléar, les artistes jouent dans des centres pour enfants, des prisons pour mineurs, des centres pour enfants handicapés, des prisons pour femmes. Dans chaque lieu, l’accueil du public est chaleureux, le spectacle est un moment intense qui génère des émotions fortes et donne envie de revenir.

Les spectacles proposés au fil des missions varient et évoluent . Après une première tournée « cirque » pluridisciplinaire, avec trapèze, clown et jonglage, les spectacles suivants mettent en avant le jonglage (novembre 2001), le clown (spectacle des « vasahas voatabia», « les blancs aux nez tomates ! » en décembre 2002), puis évoluent vers le conte, avec une histoire proche de la culture malgache (« l’histoire de la tortue qui voulait voir la mer » en mars-avril 2003), et vers le théâtre d’objets (avril 2004)…

Les ateliers pour les enfants

En 2001, des ateliers d’initiation artistiques sont mis en place à Tananarive auprès des enfants des rues et des détenus des prisons :

-ateliers d’initiation artistique dans le centre Manda, centre d’accueil pour enfants des rues

-ateliers d’échasses, de jonglage, de musique, et de jeu dans le « centre de rééducation » (prison pour mineurs) d’Antsanamasina et la prison pour femmes d’Antanimroa.
D’après l’ONG Sentinelles, ces ateliers ont donné du sens à la vie des détenus, et leur ont redonné confiance en eux.

Les ateliers pour les éducateurs

A partir de 2002, des sessions de stage sont organisées en faveur des travailleurs sociaux de Tuléar, au sud de Madagascar. Un groupe d’une quinzaine de fidèles « stagiaires » se constitue. Ils sont issus de différentes associations d’aide à l’enfance (centres d’accueil, orphelinats, centres de rééducation, centres préscolaires…)

D’une mission à l’autre, les ateliers permettent d’explorer plusieurs disciplines artistiques et d’offrir tout un panel de nouveaux outils que les éducateurs malgaches peuvent se réapproprier dans le travail quotidien auprès des enfants : ateliers de clown, travail sur le conte, ateliers de musique, initiation à la construction et à la manipulation de marionnettes…

Les différentes sessions d’ateliers ont eu un impact très positif. Elles ont pu :
-enrichir les outils de travail des éducateurs,
-renforcer leur confiance en eux,
-diversifier les activités qu’ils peuvent proposer aux enfants dans le cadre de leurs animations
-les aider à mieux faire passer certains messages de prévention en ayant recours à des moyens artistiques comme la marionnette ou le conte (notamment concernant la prévention sida et pour leur travail de sensibilisation aux questions d’hygiène)
-créer une dynamique locale en les faisant travailler ensemble

La dernière mission en avril 2004 a permis de confirmer à quel point ce groupe d’éducateurs est devenu un relais local pour notre action. Ces éducateurs issus de différentes structures ne travaillaient pas ensemble avant que Clowns sans Frontières ne les regroupe dans le cadre d’ateliers ludiques et artistiques. En deux ans, les ateliers les ont amenés à se connaître, à échanger leurs expériences, à développer un travail en synergie sur Tuléar. Aujourd’hui, ils ont créé une association pour prolonger ce travail en réseau et continuer à développer des activités artistiques pour les enfants.

Le travail avec des artistes locaux

L’une des forces de notre projet à Madagascar a été la rencontre et le travail avec des musiciens locaux.

Rencontrés lors de la mission de novembre 2001, Rajery et trois musiciens-conteurs de son groupe ont été associés aux spectacles pour 3 missions, en 2002 et 2003. Ils ont également participé aux ateliers à Tuléar.

Rajery est considéré comme le prince de la valiha (cithare de bambou, instrument traditionnel malgache). Auteur, compositeur, interprète, handicapé dès son plus jeune âge (il a perdu sa main droite), il a su créer un style très original, et il a fondé sa propre école de valiha. Il est également musicothérapeute et animateur de plusieurs projets de développement.

Partenaires sur le terrain :

•    2000 : Médecins sans Frontières, Handicap International, Manda, Mima, Médecins du Monde, la Maison de l’eau de Coco, Aide et Action, les Frères de la doctrine chrétienne.

•    2001 : Handicap International, Coopé Sud, Inter Aide, Manda, Don Bosco, Sentinelles.

•    2002-2003-2004 : Handicap International, la Maison de l’Eau de Coco, le centre NRJ, le Centre Ankanin’ny Marary à Ambousitra, l’ONG Bel Avenir avec José Luis, Les Frères du Centre Don Bosco de Tananarive, Frère Claude de Fianarantsoa, Hasy (notre chauffeur et co-équipier), Isabelle Marie, l’ONG Sentinelles à Tananarive, la ZOB (Zebu Overseas Board), l’orphelinat Mondobimbi à Tuléar, le centre préscolaire de Besakoa, Pierrot Men.

Partenaires financiers :

•    2000 : Fondation BNP – Paribas, Fondation Un Monde par Tous (sous l’égide de la Fondation de France), AFAA – Génération/s 2001, Air France, Air Madagascar, Kenzo.

•    2001 : AFAA, Air France, Fondation BNP Paribas.

•    2002-2003-2004 : ADAMI, Fondation BNP Paribas, Fnac, Air France Océan Indien.

Extraits du journal de bord / Mission juin 2000

7 juin 2000
Centre de rééducation à Anjanamasiva. Sur les hauteurs du plateau. Des carrières autour. Énormément de vent. Grande cour. Beaucoup de poussière. Après le spectacle, nous formons un grand cercle avec tous les enfants pour distribuer à chacun un nez rouge. D’ailleurs, nous nous apercevons que nos nez ne sont pas adaptés à leurs formes de nez. Penser à prendre des nez avec élastique lorsque nous allons dans les pays africains et asiatiques !

9 juin 2000
Au réveil, toute monde se sent patraque : maux de têtes, vertiges, maux de ventre… Nous partons pour la prison pour mineurs d’Antanimora. Beaucoup de difficultés à planter le portique dans la cour : le sol est trop friable. Finalement, nous accrochons les sangles autour des barreaux des murs de la prison ! ! !
Après le spectacle, spontanément et à plein poumons, les enfants nous chantent trois chants sublimes. « Eh eh Ruva ruva uya » : « Eh eh Je suis ravi » Nous sommes très émus. Ce sera le tube de l’expédition !

10 juin 2000
Nous jouons aujourd’hui dans le bidonville « 3G hangar » près d’un simili terrain de foot. Énormément de monde. Environ mille personnes. Tous en guenilles. Beaucoup d’excréments au sol, véhiculant le choléra qui sévit en ce moment dans ce quartier. Un homme dit à Malik « Tu te souviendras du 3G Hangar jusqu’au jour de ta mort ! ». Nous sommes heureux d’avoir joué ici.

13 juin 2000
Au cœur d’un autre quartier bidonville, nous voilà au centre NRJ, géré par le Père Vincent, qui cherche à réinsérer par le travail les enfants de la rue. Huit spectacles sont programmés ici sur quatre jours et MSF s’occupe du transport des enfants des différents quartiers.
Antonin rencontre un mini Mikael Jackson au perfecto bleu marine à franges. Il s’appelle Patrick et a assisté à la représentation du matin. Il danse exactement comme Jackson dans son clip vidéo. On l’invite à intégrer le spectacle. Il joue parfaitement le jeu !

Extraits du journal de bord / Mission décembre 2002

La place des touristes blancs me déplaît. J’adore celle du clown qui, lui, a une place et un rôle ici. On a un plaisir fou de voir autant de réactions et de rires. Bien sûr, les sentiments du public sont souvent mêlés d’inquiétude, surtout dans les villages les plus reculés. Mais c’est une rencontre unique qui, même courte, peut sans doute ouvrir les esprits. Notamment par rapport à la peur de l’étranger, qui peut être jouée et apprivoisée : ils voient que des vasahas (des blancs) peuvent être pas mal de choses et même des « vasahas voatabia », comme ils nous appellent ici (les « blancs au nez tomate »). Le fait de travailler avec des musiciens malgaches aide et souligne la rencontre de nos cultures. On repart avec beaucoup de mercis, d’être venus jusqu’à chez eux, pour eux, et d’aussi loin. « Dix mille kilomètres, c’est beaucoup d’amour », comme nous a dit l’ancien du village de Tananomby.
Carole

Spectacle au village de brousse Tananomby
L’équipe musico-clownesque franco-malgache commence à se lier, à prendre forme, à trouver son équilibre. Nous partons en direction de Tananomby. Une foule de deux cent cinquante personnes (sur un village de trois cent habitants) nous attend. Le spectacle fonctionne à merveille, la présence des musiciens crée une nouvelle complicité avec le public. La salle a été victime de son succès, une fois tout le monde sorti, nous constatons que le plancher est descendu de près de quarante centimètres !

Fin de la première session d’ateliers à Tuléar
Nous proposons aux stagiaires de jouer à leur manière le spectacle des « wasahas voatabia », les « blancs au nez tomate ». Très vite chacun choisit son clown. Les accessoires et costumes sont à leur disposition. Le résultat est époustouflant. Ils ont rebaptisé le spectacle « les malgaches au nez plat ! ». C’est un merveilleux moment de justesse caricaturale. Mais aussi un bel échange fait de découvertes mutuelles.

Extraits du journal de bord / Mission mars-avril 2003

Je voulais raconter une histoire qui touche les gens parce qu’elle parle d’eux, de leur vie, de leur culture.

À partir de quelques lectures qui nous ont révélé que le zébu était l’emblème du pays et que la tortue était aussi protégée que bonne à manger, j’ai voulu proposer un conte pouvant raconter des choses universelles en reléguant les prouesses derrière la narration. D’où l’histoire de « la petite tortue qui voulait voir la mer», un conte où les animaux peuvent parler, jongler et se jouer des sentiments humains, à la manière de La Fontaine.

Les musiciens malgaches étaient nos ambassadeurs, pont idéal dans notre rapport avec le public. La rencontre artistique a vraiment eu lieu et nous savons qu’elle leur servira dans le cadre de leur propre travail et des formations qu’ils mènent avec différentes structures.

Les ateliers menés à Tuléar nous ont confirmé le manque de moyens des animateurs et la nécessité de poursuivre notre travail auprès d’eux. Transmettre, pour qu’ils puissent transmettre ; voilà la vraie raison de notre présence. En essayant de nous projeter dans leur réalité, nous avons trouvé les mots et les exercices qui correspondaient à leur demande : ce qui pourrait servir à Cléon pour la petite enfance, ce qui pourrait servir à Albert dans ses actions de prévention SIDA… À ce titre, l’approche par le théâtre est, on le sait, plus que bénéfique.
Garniouze, référent artistique de la mission

Vallée de la Vakoa
Le spectacle commence devant cinq cent personnes médusées. L’attention est à son comble. Frère Claude a recueilli pour nous les impressions des habitants. Ils ont été très touchés par le voyage initiatique de la petite tortue. Ils ont été réceptifs à la narration, à la musique et agréablement surpris par le détournement des objets issus de leur quotidien.

Prison d’Antanimora, quartier des femmes.
Le seul espace possible pour jouer a été dégagé. Elles sont là, impatientes, attentives, installées en face de notre estrade. C’est de loin le public le plus vivant et le plus joyeux que nous ayons rencontré. Là encore les musiciens font un tabac… Ils chantent leur «tubes» après le spectacle. Puis c’est au tour des femmes de chanter. Nos gorges sont nouées, mais elles entament joyeusement leur chant : «Nous ne sommes là que pour quelques jours, demain nous sortirons »…

Témoignages / mission avril 2004

Au regard de la globalité du projet, que j’accompagne depuis 2000, il me semble que nous avons franchi cette fois une nouvelle étape dans ce que Clowns sans Frontières peut apporter sur le terrain. Ces derniers ateliers me confirment qu’un travail d’accompagnement d’acteurs de terrain peut nourrir et enrichir les actions menées en faveur des populations en difficulté. Les interventions en ateliers sont autant d’invitations à l’ouverture, autant de possibilités de croiser d’autres regards. Les animateurs sociaux avec qui nous avons eu la chance de vivre ces échanges nous ont montré chaque jour la pertinence de notre présence dans leur quotidien routinier. Les artistes aussi sont unanimes quand ils s’expriment sur la richesse et la densité des échanges. Le projet initial arrive aujourd’hui à maturité. Les travailleurs sociaux qui ont bénéficié des ateliers ont désormais les moyens d’être autonomes, d’inventer leur manière de travailler, et de continuer à explorer les outils que nous leur avons apportés.
Marik

Malgré tout le trac que j’avais avant d’arriver à Madagascar, de jouer là, un spectacle simple, (juste quelques robes, une bassine, un arrosoir, des tapettes à mouches et trois marionnettes), ça m’a semblé assez juste. Cela permet à la fois de jouer dans beaucoup de lieux, même petits (comme la prison des femmes par exemple ou l’hôpital), de s’adapter aux espaces disponibles. Etre sur des choses simples. Je ne sais pas comment l’exprimer, mais il me semble important dans le cadre de ces “missions”  de venir avec des choses simples (belles, drôles, poétiques mais simples). De ne pas apporter un  déploiement de techniques, de richesses (matérielles) venues d’Occident. Pour qu’après notre départ, ce qui reste, ce ne soit pas “oh ce doit être bien là bas où ils font toutes ces choses” mais “ces choses là on peut les faire aussi” ou “on peut créer nous aussi, avec presque rien ou très peu…”.
Nathalie

Je sais que c’est difficile pour vous de trouver les financements pour revenir et je mesure la grandeur du cadeau que vous nous faites. Quand j’ai vu la première marionnette, je me suis dit : “Mais qu’est-ce qu’on va faire avec ça ?” Et finalement, je n’en reviens pas des possibilités infinies qui se sont ouvertes. Ces ateliers ont été pour nous la concrétisation qui a donné du sens à ce qu’on fait et plus de force à notre travail quotidien.
José Luis, ONG Bel Avenir