AFGHANISTAN

•Clowns sans Frontières intervient depuis 2003 en Afghanistan. •63 spectacles ont déjà été organisés pour plus de 25 000 personnes...

•Clowns sans Frontières intervient depuis 2003 en Afghanistan.

•63 spectacles ont déjà été organisés pour plus de 25 000 personnes principalement à Kaboul, mais aussi dans la vallée du Pansheer et à Mazar E Sharif.

•Depuis 2004, nous mettons en place des ateliers artistiques dans l’école de cirque du MMCC (Mini Mobile Circus for Children). Des ateliers ont également lieu en faveur des animateurs qui travaillent pour les ONG et les centres pour enfants à Kaboul.

• Le projet de Clowns sans Frontières en Afghanistan est suspendu pour une durée indéterminée en raison des conditions sécuritaires du pays.
Après 23 ans de guerre et d’étouffement culturel, la chute des Talibans laisse entrevoir l’espoir d’un renouveau artistique en Afghanistan. Nous hésitons à partir. Il y a déjà des centaines d’ONG qui se sont implantées à Kaboul dès le début de l’année 2002. Notre action aura-t-elle un sens ? Comment serons nous perçus par la population afghane, après les bombes américaines et les colis alimentaires ? Sur l’initiative de Barmak Akram, photographe et réalisateur afghan vivant en France, et à la demande de plusieurs associations rencontrées sur le terrain lors d’une mission de repérage, nous décidons finalement d’organiser une tournée de spectacles en faveur des enfants les plus démunis de Kaboul.

Aujourd’hui, 6 ans après la chute des Talibans, l’Afghanistan ne connaît encore ni la stabilité économique ni la sécurité. Depuis 2004 et surtout depuis 2006, un certain regain de violence a eu lieu, y compris dans des régions considérées jusqu’alors comme sécurisées.

Avec une population estimée à près de 30 millions d’habitants, l’Afghanistan est l’un des 5 pays les plus pauvres du monde. Plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Sécheresse récurrente, insécurité, situation précaire des réfugiés et des déplacés internes, malnutrition, fragilité du système scolaire, analphabétisme… : l’Etat a du mal à faire face à ces enjeux et le travail des ONG devient de plus en plus difficile. D’année en année, nous avons essayé, aux côtés des associations implantées en Afghanistan, d’encourager autant que possible l’ouverture culturelle et la créativité artistique, mais notre projet reste soumis aux aléas de la situation sur le terrain. En 2007, la dégradation des conditions de sécurité nous a obligé à reporter notre mission.

Les spectacles :
4 tournées de spectacles ont déjà eu lieu en Afghanistan : en juin 2003, juin 2004, août-septembre 2005 et août-septembre 2006. Au total, 63 spectacles ont été offerts à plus de 25 000 personnes principalement à Kaboul et ses environs mais aussi dans la vallée du Pansheer et à Mazar E Sharif.

Les artistes ont joué dans des centres pour enfants, des hôpitaux, des orphelinats, des centres pour enfants handicapés et des camps de « returnees » (réfugiés revenus du Pakistan ou d’Iran mais toujours en attente dans des camps en Afghanistan).

Les ateliers de cirque :
Depuis 2004, nous organisons des ateliers au MMCC (Mobile Mini Circus for Children), une école de cirque pour les enfants défavorisés de Kaboul. Des sessions de jonglage, d’acrobatie, de monocycle et d’échasses ont été organisées en 2004, en 2005 et en 2006, amenant un complément de formation aux professeurs et aux enfants de l’école.

L’initiation artistique pour les travailleurs sociaux :
-En 2004 et 2005, des ateliers d’initiation aux arts du cirque ont été organisés dans un centre pour enfants de l’ONG française Enfants du monde droits de l’homme, auprès des éducateurs et animateurs du centre.

-En 2005, nous avons commencé un travail spécifique avec Action contre la Faim, dans les services de sous nutrition des hôpitaux pour enfants. Nous avons contribué au travail sur la relation mère-enfant, à travers des ateliers artistiques menés auprès des mères et des assistantes sociales. Ces ateliers se sont poursuivis en 2006.

-En 2006, une nouvelle session d’ateliers a vu le jour : nous avons regroupé des animateurs travaillant pour 9 ONGs partenaires du projet pour une session d’initiation artistique. Nous avons exploré le jeu, les techniques acrobatiques, la comédie, la construction d’outils de développement pour la petite enfance, le détournement et la manipulation d’objets, l’expression corporelle et orale, la musique… Ce travail auprès des animateurs devait se poursuivre en 2007, mais la mission a été reportée en raison de la situation instable dans le pays.

Le travail avec des artistes locaux :
Après deux missions composées uniquement d’artistes français, notre volonté de soutenir la culture afghane, nous a incité, à partir de 2005, à collaborer avec des artistes locaux. La rencontre de Massoud Raonaq, musicien franco-afghan jouant d’instruments traditionnels a accéléré cette envie. Connaisseur du milieu de la musique afghane et désireux de s’impliquer dans le projet, Massoud Raonaq nous a permis d’entrer en contact avec des musiciens afghans. Deux musiciens locaux ont ainsi participé à la création du spectacle et à la tournée en août-septembre 2005. Le spectacle était basé sur une histoire mettant en scène Nasreddin, personnage qui fait partie du patrimoine culturel afghan, connu aussi bien des adultes que des enfants. Cette démarche artistique a permis de montrer que malgré les interdits et la guerre, la culture afghane était toujours présente et riche.

L’année suivante, ce sont deux comédiens afghans qui ont été intégrés à l’équipe, participant également aux ateliers aux côtés des artistes français. Cette fois, le spectacle a été construit avec comme point de départ une situation simple : une panne de voiture. Il a été nourri par une réflexion sur les thèmes de la solidarité et de la discrimination.

Partenaires sur le terrain : (2003-2006)
Action contre la faim, Afghan 4 Tomorrow, Afghanistan demain, Afghanistan libre, Afrane, Aide médicale internationale, Aïna (Association pour le développement des médias indépendants et l’expression culturelle en Afghanistan), Ambassade de France à Kaboul, Aschiana (association afghane), Centre Culturel Français de Kaboul, Children In Crisis, Enfants du monde droits de l’homme, Handicap International, Médecins du monde, Ministère des Affaires Sociales afghan, Mobile Mini Circus for Children, Pélican, Sandy Gall Appeal for Afghanistan, Solidarités, Sport Sans Frontières, Terre des hommes Suisse, War Child Hollande.

Partenaires financiers :
•    2003 : l’AFAA, Azerbaïdjan Airlines.
•    2004 : l’AFAA, le Ministère de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la recherche, l’association «Un bouchon, un sourire».
•    2005 : Cirque Phenix – Européenne de spectacles (bénéfices du spectacle « Les étoiles du cirque de Moscou sur glace » du 29 novembre 2004), Ministère de la Jeunesse et des sports, Ministère de la Culture, ADAMI, Mairie de Paris.
•    2006 : Ambassade de France à Kaboul, Emirates, Mairie de Paris, ADAMI, Ministère de la Culture, Cirque Phenix – Européenne de spectacles.

Extraits du journal de bord / mission juin 2003 :

L’électrochoc, ce fut dans la vallée du Pansheer dans l’ancien palais du roi, détruit à 80 % par les talibans et qui servait de caserne pour la milice du coin. Il faisait un vent à décorner les boeufs. Il y avait plus de 1000 mômes devant nous. Des ados, des moujahidins, des petits qui venaient d’au moins 9 ou 10 écoles. Impossible de mettre le rideau, il s’envolait malgré des cordes qui les arrimaient aux arbres. Bon, on y va sans. C’était fichtrement chouette, je les ai aspergé d’eau, j’ai grimpé sur une voiture, la foire. Le spectacle oscillait entre la danse et la lutte. Ça suintait la passion, dans la poussière, en musique.
Julien

Ici, sur la fiche technique de mes spectacles, il est écrit : sol plat, dur, lisse et de niveau. Là-bas, j’ai roulé sur de la terre battue, on a même une fois pelleté pour boucher les trous, et enlever les plus gros cailloux. Pour dompter mes petites roues de 20 pouces sur cette surface labourée, c’était vraiment pas de la tarte mais quand je voyais la joie que cela donnait, alors j’avais du courage pour encaisser les nids de poule dans les jambes. Les gens n’avaient jamais vu ça. Je crois que je suis le premier à rouler à monocycle en Afghanistan.
Nicolas

Extrait du journal de bord / mission juin 2004 :

On est sorti de Kaboul pour aller à Paghman. On a traversé quelques villages très, très pauvres. Au détour d’un virage, on s’est retrouvé face à face avec deux chars français qui occupaient toute la largeur de la rue du village. Les combats dans cette région ont dû être intenses, partout des petits cimetières reconnaissables aux petites pierres plates plantées droit dans le sol à l’endroit même de la mort de la personne. Et partout des piquets avec des foulards flottants au vent, indiquant la mort d’un homme tombé au combat.

L’école des filles est un havre de paix. Elles sont toutes habillées en manteau et pantalons noirs, foulards blancs. Au début du spectacle, elles n’osent rien manifester, mais elles sont complètement captivées. Puis une prof leur fait signe qu’elles peuvent taper dans les mains. Elles commencent à se lâcher un peu. On ressent bien leur enthousiasme. C’est certainement un moment inoubliable pour elles. À la fin du spectacle, elles nous offrent des fleurs qui sentent incroyablement bon, et des pancartes décorées de fleurs en plastique et papier. Elles restent autour de nous un long moment. Des jeux s’improvisent avec les clowns. Leurs rires ne s’arrêtent plus… Le retour est un enchantement, le paysage et la lumière après la pluie sont sublimes. Si seulement l’ampli n’avait pas explosé 5 minutes avant la fin du spectacle !
Edith

Extraits du journal de bord / mission août-septembre 2005 :

En arrivant à l’hôpital, nous savons déjà que ça ne va pas être facile.
Nous sommes attendus dans une cour intérieure entre trois ailes d’un bâtiment assez haut, les enfants valides descendront accompagnés par leurs parents, les autres pourront regarder depuis les fenêtres des couloirs qui donnent dans la cour. Encore une fois, notre installation doit se faire rapidement, nous commençons à être au point, maquillage et loges dans le van de Farid protégés du regard par des rideaux.
Beaucoup d’hommes sont déjà là, des militaires déjà installés parmi le public, peu de femmes, quelques-unes, des enfants malades avec leurs pères, certains des enfants sont très faibles mais ils sont là… C’est très impressionnant. Nous commençons notre spectacle avec délicatesse, attentifs aux réactions, certains sont tellement atteints qu’ils semblent trop souffrir pour pouvoir sourire. A notre grande joie, ils souriront tout de même, sous le regard attentionné de leurs parents qui guettent la moindre de leur réaction…
Le souvenir de l’instant passé après le spectacle au contact des malades dans la cour, le magnifique visage de ce père nous remerciant chaleureusement, les sourires de l’enfant écorché prennent le dessus.
Georges

Extrait du journal de bord / mission août-septembre 2006 :

Le parti pris artistique de toute la mission est de « coller » au plus près à la réalité matérielle sur le terrain, de façon à provoquer des déclics sur l’imaginaire. Nous n’avons pas de leçon à donner à un peuple aussi créatif, mais nous pouvons vraiment agir sur un imaginaire que 25 années de guerre ont totalement muselé. « L’imagination est plus importante que le savoir » a dit Albert Einstein, et en Afghanistan, il est frappant de constater à quelle vitesse celui-ci grandit lorsque celle-ci se réveille.

Cette mission s’inscrit dans une démarche de long terme : ne plus simplement arriver les bras chargés de sacs de rires, mais aussi essayer de planter des graines de rires. Le travail en ateliers entamé l’année dernière a porté ses fruits. Certaines propositions ont été astucieusement reproduites… Nous avons même vu une magnifique collection de petits portiques d’éveil pour les tout petits entièrement fabriqués par les animatrices, dont elles se servent tous les jours dans les hôpitaux. Nous ne leur avions fait qu’un simple croquis !
Georges