JORDANIE, Janvier 2002

•    Une équipe de Clowns sans Frontières s’est rendue en décembre 2002 dans les camps de réfugiés palestiniens de Jordanie. •   ...

•    Une équipe de Clowns sans Frontières s’est rendue en décembre 2002 dans les camps de réfugiés palestiniens de Jordanie.

•    Des spectacles ont été organisés pour près de 7000 personnes dans 8 camps de réfugiés.

La Jordanie est le pays qui compte le plus de réfugiés palestiniens : ils sont 1,6 millions, dont 300 000 qui vivent dans des camps. Clowns sans Frontières s’était rendu plusieurs fois dans les camps de réfugiés palestiniens de la bande de Gaza, de Cisjordanie, et du Sud Liban, mais jamais encore en Jordanie. En 2002, le Centre Culturel Français d’Amman nous met en contact avec l’ONG italienne ICU (Istituto per la cooperazione universitaria) qui souhaite nous accueillir pour une série de spectacles dans les camps palestiniens de Jordanie. Une mission de repérage permet de confirmer et de préciser le projet. Une équipe artistique se monte vite, pour une tournée de spectacles qui aura lieu en décembre 2002.

En décembre 2002, 9 spectacles sont organisés dans 8 camps de réfugiés (sur 13 camps existants dans le pays) : à Azmi El Mufti, Talbiyeh, Souf, Sukhneh, Baqa’a (un des camps les plus peuplés de Jordanie, camp de 120 000 habitants, où nous avons joué deux spectacles), Hitteen, Irbid et El Hussein.

Partenaires sur le terrain :
Centre Culturel et de Coopération Linguistique d’Amman, Département des Affaires Palestiniennes, ICU (Istituto per la cooperazione universitaria).

Partenaires financiers :
AFAA (Association Française d’Action Artistique-Ministère des Affaires Etrangères), ICU, Royal Jordanian Airlines.

Extraits du journal de bord

2 décembre 2002, camp AZMI EL MUFTI
Rima et Oliver doivent retourner à l’aéroport pour chercher le matos funambule coincé au frêt. Le reste de l’équipe attend à l’hôtel. Le premier spectacle est censé se donner à midi dans le camp de Azmi El Mufti. On aura d’emblée 3 heures de retard !
Après une éprouvante épopée bureaucratique dans les bureaux du frêt de l’aéroport, tout le matériel est enfin réuni et nous effectuons le trajet sans histoire jusqu’au camp. Le temps est venteux et froid mais youpi, il ne pleut plus !

Premier montage pas trop cafouilleux. Oliver se paie d’emblée un beau succès public, en enfonçant ses pinces tout seul comme un grand à la masse. Le spectacle démarre. Notre orchestre est d’enfer et ma foi, pour une première, ça roule plutôt bien. Ils ont tendance à avancer sur nous et envahir tout l’espace de jeu. Beaucoup sont loin, derrière et autour, ne peuvent pas bien voir, se poussent, mais il n’y a pas trop d’agressivité. Surtout, ils sont très enthousiastes, très désireux de participer. À peine a-t-on terminé que les enfants s’agglutinent. Plein de sourires, plein de gentillesse, plein de curiosité, plein de «choukran», «thank you», «ouatiz iour ném» etc…
Anne-Laure.

14 décembre 2002, camp de SOUF

À 13h30, nous voilà au camp de Souf, fabuleusement accueillis par les responsables du club de jeunes, et du comité du camp. La lumière est belle, le vent très léger cette fois, douce ambiance. L’équipe monte tranquillou, aidée par nos 2 chauffeurs qui font désormais partie intégrante du groupe.

Aujourd’hui, nous avons une nouvelle sono, louée par ICU pour nous permettre d’avoir un son plus puissant. Et effectivement, ça marche bien mieux que cette vieille sono des clowns qui a morflé, voyage après voyage.

Les enfants arrivent par classe avec leurs maîtresses. Il y a beaucoup de filles, ça fait plaisir. Le public est très nombreux (1200 personnes environ). La première partie du spectacle se passe dans le calme. Les enfants participent tout le temps, applaudissent sans arrêt, dansent en remuant les épaules, dès que les musiciens se lancent dans des passages orientaux. Pendant le numéro de magie, petits et grands écarquillent les yeux. Et quand Olivier marche sur le fil, à 2 pieds, puis à cloche pied, puis en marche arrière, puis en sabots, les yeux dans le public pétillent d’admiration et d’émerveillement.

Final en beauté avec les serpentins qui pleuvent. Les remerciements sont très très chaleureux. Nous sommes invités après le spectacle à manger des gâteaux dans une salle du centre. Un des responsables nous fait un beau discours de remerciements, nous dit comprendre et aimer notre démarche… Les échanges se prolongent… On repart heureux d’avoir pu passer du temps avec les gens, et de ne pas être passé comme une étoile filante.
Rima

15 décembre 2002, camp de SUKHNEH
Départ pour le camp de Sukhneh (23 km au Nord Est d’Amman). On commence à être un peu fatigués (déjà ?) L’atmosphère est beaucoup plus calme que pour les spectacles précédents. Je suis toujours ahurie par les prouesses de Julien sur son monocycle, qui parvient à frôler les enfants, marche avant, marche arrière, sur un sol plein de gravier, les enfants qui hurlent : frousse et plaisir mélangés. J’adore nos petites poursuites ! Et nos engueulades ! Merci Julot !

Il y a un grave policier qui se marre du début à la fin. Il y a une petite fille qui accepte de venir danser avec moi, sur une chanson de Jean-Claude. Elle est tellement gracieuse et contente d’être là, on est tous sous le charme. Comme on a commencé un peu plus tard, on finit nuit tombante, Julien sort ses torches… Au revoir, au revoir, merci, merci. On remballe dans le noir.
Anne-Laure

16 décembre 2002, camp de BAQA’A

Départ pour Baqa’a, camp de … 120 000 personnes ! Une première vague de réfugiés palestiniens arrivés en 1948, puis une deuxième vague déplacés en 1967. Ils n’ont pas tous le même statut politique. Il y a aussi beaucoup d’orphelins.

Le temps est très humide. Pour accéder à la salle, les bus et les clowns se couvrent de boue très collante. Mais miracle, une heure plus tard, un entrepreneur travaillant juste là nous fait une somptueuse avenue de cailloux avec son bulldozer ! Les très nombreux spectateurs attendus pourront venir à pied sec !
La salle est gigantesque, pratiquement un terrain de foot, qui résonne terriblement.

Aujourd’hui, on a mis les rampes de lumière, c’est joli. Et c’est parti : beaucoup de tout petits, qui n’en reviennent pas d’être là. Quand ils applaudissent, ça fait «pli pli pli», on dirait qu’il pleut !
(…)
Anne-Laure