ALGERIE, Juin 2001

• Une équipe de Clowns sans Frontières est intervenue pour la première fois en Algérie en juin 2001. Deux clowns algériens ont été associés...

• Une équipe de Clowns sans Frontières est intervenue pour la première fois en Algérie en juin 2001. Deux clowns algériens ont été associés au spectacle.

• En février 2004, une seconde mission a été organisée en Algérie, en faveur des victimes du tremblement de terre de mai 2003, à Alger et à Boumerdes.

• Au total, ce sont près de 8500 enfants qui ont bénéficié de nos spectacles.

Contexte et origine du projet:

Juin 2001. La Kabylie est secouée par la révolte berbère. À Alger, une « fête de l’enfance », festival gouvernemental placé sous le signe de la « culture de la paix », se prépare. Le Centre Culturel Français et l’Office Ryad El Feth souhaitent y programmer Clowns sans Frontières. Nous acceptons l’invitation, à condition de pouvoir offrir notre spectacle aux plus défavorisés, et d’associer des ONG (notamment MSF Belgique) à la préparation de la tournée. Notre première mission en Algérie a ainsi eu lieu en juin 2001.

Deux ans plus tard, un violent séisme secoue le Nord du pays. On dénombre plus de 2000 morts, plus de 10 000 blessés et près de 15 000 sans abris. Ce séisme est le plus meurtrier d’Algérie depuis 1980, touchant particulièrement les départements d’Alger et de Boumerdes. Nous décidons de mener une action en faveur des victimes du tremblement de terre, en partenariat avec Terre des Hommes Suisse et Enfants Réfugiés du Monde.

Nos Actions:

La mission de juin 2001

Régie par les impératifs de sécurité imposés par l’Ambassade de France (des clowns escortés par des gardes du corps !), la mission ne dure que six jours, mais notre objectif est atteint. La cerise sur le gâteau sera notre rencontre avec deux clowns algérois, Momo et Ferfour, associés au spectacle. Clown blanc et Auguste dans la vie comme sur scène, ils se sont formés au clown en regardant « la Piste aux étoiles » …

Du 4 au 9 juin 2001 : Six spectacles ont été joués pour près de 5000 personnes à l’Office Ryad el Feth, dans un centre de rééducation pour filles, au village africain de Sidi Fredj, au pied de la barre HLM de Mohammadia, et pour les enfants des quartiers touchés par les massacres collectifs.

La mission de février 2004

La mission en faveur des victimes du séisme devait avoir lieu en septembre 2003, mais elle a dû être reportée en raison de problèmes de financements. L’organisation d’une soirée de soutien à Paris nous a permis de récolter les fonds nécessaires pour partir. La mission a finalement eu lieu en février 2004. 8 spectacles ont été organisés pour près de 3 400 enfants dans des écoles et des orphelinats, à Alger et à Boumerdes, dans les quartiers les plus touchés par le tremblement de terre.

Nos Partenaires:

Partenaires sur le terrain:
2001 : Centre culturel français d’Alger, Office Ryad el Feth, Médecins sans Frontières Belgique, Bibliothèque urbaine de Mohammadia, Institut national d’art dramatique, CSR de Bir Khadem, Wilaya d’Alger.

2004 : Enfants Réfugiés du Monde, Terre des hommes Suisse.

Partenaires financiers :
2001 : l’AFAA (Association Française d’Action Artistique – Ministère des Affaires Etrangères), le Centre Culturel Français d’Alger.
2004 : la mission a été financée par une soirée de soutien au bar la Favela Chic à Paris en septembre 2003. L’AFAA et Air France ont également soutenu le projet.

Témoignages:

Extraits journal de bord / mission juin 2001

6 juin, Spectacle à l’office Ryad El Feth (OREF)
L’esplanade de l’OREF est pleine. Près de mille personnes sont venues. La conduite a été modifiée par rapport à celle de la veille, de manière à rééquilibrer le spectacle, qui fonctionne beaucoup mieux. En plus, Horacio et Antonin ont chacun appris une petite phrase en arabe, ce qui fait très plaisir au public.

Les enfants démarrent au quart de tour. Les marionnettes d’Horacio ont un grand succès. Les enfants réagissent et participent jusqu’à s’égosiller. Sur les chansons de Momo et Ferfour, le public s’emballe. Pendant le passage des acrobates, tout le monde retient son souffle… Et quand Antonin glisse un « I Love You Algeria! » dans le numéro du Bel Canto, c’est carrément l’ovation.

7 juin, centre spécialisé de rééducation pour filles de Bir Khadem.
« Centre de rééducation » est un euphémisme pour ne pas dire prison. Ici, une centaine de filles de moins de dix-huit ans ont été placées par décision de justice, et n’ont jamais le droit de sortir. Elles sont orphelines, abandonnées, fugueuses, petites délinquantes, ou encore violées… Jusqu’à présent, aucune personne étrangère n’était encore rentrée dans ce centre, aucun spectacle ne s’était produit ici. Notre venue a lieu dans la plus grande discrétion : ni la presse, ni l’Ambassade de France ne devaient être prévenues.

On avait prévu un spectacle léger : Horacio avec ses marionnettes, accompagné d’Antonin à la guitare, Momo et Ferfour… Les visages des filles s’illuminent soudain. Certaines rigolent à s’en tordre le ventre. D’autres restent silencieuses, captivées par ce qui se passe. On en oublie nos gardes du corps, la fatigue accumulée des derniers jours, et le soleil de plomb. L’émotion nous prend tous aux tripes. L’impact sur ces filles privées de tout se passe de mots.

Le directeur du centre nous remercie chaleureusement : « Elles sont si heureuses, si fières de voir que vous êtes venus jusqu’ici. Dans le centre, j’essaye de leur apporter tout ce que je peux. Mais je ne peux pas remplacer leurs parents, elles manquent énormément d’attention ».

9 juin : Village africain de Sidi Fredj
Des groupes d’enfants venus des zones touchées par le terrorisme (Bentalha, Sidi Moussa, Sidi Mnif…) arrivent en car. Des enfants trisomiques de l’ANIT (Association Nationale pour la Réinsertion des Trisomiques) sont venus aussi. Pour tous, qui n’ont pas l’habitude de sortir de leur quartier, c’est « la sortie de l’année ». Disciplinés, encadrés de leurs institutrices ou des responsables associatifs, ils s’installent sagement et écarquillent les yeux quand le spectacle commence.

Les enfants réagissent bien et participent, surtout pendant le numéro de Momo et Ferfour. Ils ont un peu plus de mal à comprendre l’histoire des marionnettes, comme ils comprennent peu le français. Heureusement, Horacio a la bonne idée de choisir un interprète parmi les enfants du public qui est arrivé à tout traduire!

Après le spectacle: distribution de nez. Les enfants sont ravis. Au revoirs, photos d’adieu, dernières coordonnées échangées. On reviendra… inchallah!

Extraits d’un article de Joe GASSOUMA, journaliste algérien

Il fait chaud à Alger, cela ne les empêche pas de déballer, réemballer, monter une scène, démonter, se maquiller, se démaquiller le maximum de fois qu’il est nécessaire pour donner du baume au cœur. On parle beaucoup de cœur dans cette modeste mission mais le cœur des hommes, quand il est dédié au partage, peut suffire à des milliers de gens qui ont oublié de rire.

Momo et Ferfour, le blanc et l’auguste, pendants ultimes sur scène et dans la vie, accompagnent les « sans frontières » aux limites des spectacles et des scènes de la Bibliothèque Urbaine de Mohammadia, du Centre de Rééducation de Bir Khadem : un accueil chaleureux et quelques rares moments de bonheur extirpés et volés à la détresse de filles qui n’ont jamais reçu la moindre parcelle de bonheur. Il y a aussi le passage à Sidi Fredj, le Village africain qui fête l’enfant quinze jours durant. L’Office Ryad el Feth sera de la partie pour offrir un espace à tous les gosses des quartiers avoisinants. El Mahcoul, Saâda, et la Cité Confort étant de gros morceaux.

Les Clowns sans Frontières viennent recoudre l’espace d’un instant les blessures de l’âme, les scarifications héritées de l’intolérance, ils viennent ainsi panser les plaies de toutes les plaies qui gouvernent le monde dans la terreur. Peut-être une piètre consolation pour l’effort phénoménal fourni à chaque spectacle, à chaque allée et à chaque retour, frustration de ne pas pouvoir installer le rire de manière permanente, mais plaisir suprême de voir ce dernier prendre l’espace, occuper

Joe Gassouma
« Pour enfants en pénurie de rire », La Nouvelles République, Alger, 13 juin 2001.

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