GUATEMALA

•    Une équipe de Clowns sans Frontières est intervenue au Guatemala en septembre-octobre 1995, pour les communautés indiennes déplacées...

•    Une équipe de Clowns sans Frontières est intervenue au Guatemala en septembre-octobre 1995, pour les communautés indiennes déplacées du triangle Ixil et pour les enfants des rues de Guatemala City.

•    11 spectacles ont été offerts à 7 000 personnes.

C’est suite à une demande de l’ONG Enfants Réfugiés du Monde (ERM) que cette tournée de spectacles est organisée au Guatemala, en soutien à leur projet auprès des communautés indigènes déplacées du triangle Ixil.

Au début des années 80, les violents conflits qui ont bouleversé le pays forcent une grande partie de la population paysanne indigène à s’exiler. Ils sont environ 150 000 réfugiés au Mexique. D’autres, originaires d’une centaine de villages, fuient par milliers dans les forêts de l’Ixcan ou dans la Sierra des Cuchumatanes. Le Triangle Ixil est peuplé à 90% d’indigènes, tous pratiquement sans terre. Ces communautés indigènes vivent dans des conditions extrêmement précaires : villages d’accès difficile (3000 mètres d’altitude), habitat rudimentaire, périmètre cultivable très restreint, carence d’infrastructures sanitaires et scolaires…

Notre tournée de spectacles au Guatemala se révèle être une véritable expédition. Nous jouons pour les communautés indiennes déplacées du triangle Ixil et les enfants des rues de Guatemala City, partout où notre partenaire, Enfants Réfugiés du Monde, a pu s’implanter. Notre spectacle parcourt les marchés, les écoles, les centres pour handicapés, les décharges publiques, les bidonvilles… Plus de 7000 personnes bénéficient de la tournée.

De lieu en lieu, des heures de piste sont nécessaires à travers les montagnes, avec, à chaque trajet, des frayeurs inoubliables.

Partenaires sur le terrain :

ATD Quart Monde, Médecins sans frontières Suisse, Medicos del mundo (Guatemala)

Partenaires financiers :

Action Humanitaire, Fondation OUSSEIMI.

Témoignages de Clémentine Yelnik, clown :

« Le saisissement que l’on éprouve en arrivant dans la décharge d’un bidonville est difficile à dépeindre. Clown, on n’a plus qu’une envie : donner à ces enfants le plus de rire et de poésie possible. »

« À partir du moment où le comédien qui le joue est sincère et généreux, le clown est compris dans n’importe quel coin de la planète. C’est un personnage poétique, à la fois primitif et totalement humain. Son langage –celui de la pitrerie et de la colère- correspond complètement à l’imaginaire de l’enfant, qu’il soit riche ou pauvre. »

« A la fin d’un spectacle, une vieille dame indienne, fragile et recroquevillée est venue me serrer les mains très fort, sans parler . Ces minutes sont au delà des mots. »

Extraits du journal de bord de Malik Nahassia, photographe qui accompagne la mission :

30 septembre.
Nous arrivons à Nebaj, « capitale » du triangle Ixil, à 270 km de Guatemala Ciudad. Une journée d’ateliers est prévue à l’intention d’une quinzaine de jeunes animateurs, issus des communautés les plus isolées, et formés par Enfants Réfugiés du Monde. Nous travaillons sur le mime, la fabrication de costumes, le maquillage. À la fin de la journée, les «stagiaires» élaborent un petit spectacle racontant une légende locale.

1er octobre.
Spectacle sur la grande place de Nebaj.
On nous prévient que les Indiens du triangle Ixil sont très peu occidentalisés, et que le sens de la pudeur préside à leurs rapports sociaux. Le rire est vécu comme quelque chose de très intime, il ne leur est pas naturel d’exprimer leur joie en public. Applaudir ou taper des mains au rythme de la musique leur est tout à fait étranger. Mais le spectacle se déroule bien, le simple fait que toute cette foule soit restée jusqu’au bout est un signe certain de notre succès.

2 octobre.
Pour assurer nos déplacements, nous avons loué un ancien car scolaire américain repeint de couleurs vives, et dont le moteur d’origine a été remplacé par un puissant diesel d’engin de travaux publics. Les suspensions ont été refaites pour s’adapter aux cahots des pistes. Chap, notre chauffeur, se révèle être un véritable virtuose du volant. Pentes abruptes et glissantes, virages serrés bordés de précipices, longues portions boueuses où le bus s’enfonce jusqu’aux essieux, il négocie les pires difficultés avec aisance. Il nous faut plus de trois heures pour parcourir les vingt-sept kilomètres qui nous séparent de Chajul où nous nous rendons aujourd’hui. À mi-chemin, nous sommes bloqués par un camion qui s’est enlisé, et nous devons attendre trois heures et demie que le passage soit dégagé. Quand toute la troupe arrive enfin, la place centrale est noire de monde. Il y a là plus de mille personnes venues des alentours et qui attendent depuis plus de 3 heures. Cette impressionnante abondance de public nous console et les clowns s’en donnent à cœur joie pendant tout le spectacle.

3 octobre.
Après un spectacle à Salkil, autre pôle économique de la région, nous remontons dans le bus, en direction d’Akul. Après une heure de route, nous sommes encore stoppés. Cette fois c’est notre car qui est en cause : transmission cassée. La longue attente commence. Un autre véhicule nous « dépanne» en emmenant Antonin et Monty à Akul où nous sommes attendus. Quatre heures et demie plus tard, le soir tombe lorsque Chap revient avec la pièce réparée. Quand nous arrivons à Akul, c’est la nuit noire. Pour faire patienter le village, Antonin et Monty ont improvisé un spectacle pendant plus de deux heures. Dans la nuit la plus totale, tout le village fait la chaîne pour décharger notre matériel. Notre groupe électrogène nous sauve la mise, une fois l’amplificateur et le clavier branchés, nous pouvons ajouter une de nos deux rampes de lumière. L’espace qui nous sert de scène est tout juste éclairé. Tout autour, dans le noir, brillent les yeux de nos spectateurs. Une ambiance extraordinaire se dégage de ce tableau.

4 octobre.

C’est notre dernier jour dans les montagnes. Nous arrivons à Kostal, où nous rencontrons « l’Alcalde », Monsieur le maire, fort surpris de nous voir. Il pensait que notre spectacle était prévu pour le lendemain, personne n’attend notre arrivée. Qu’à cela ne tienne, les pompiers de la communauté vont faire le tour des habitations pour prévenir du changement de date. Et quand le spectacle commence, nous avons même trop de spectateurs. À trois reprises, nous sommes obligés de nous interrompre pour reformer le cercle autour de nous.

5 octobre.

Nous repartons vers la capitale. À la descente du premier col, nous avons vu Chap paniquer pour la première fois. Certains d’entre nous étaient sur le toit, lorsqu’il a du négocier un lacet particulièrement serré, pentu et boueux ! La pente, la boue et la force cinétique du véhicule se sont si bien conjuguées que le bus a continué sur son élan tout droit vers le précipice. A ce moment, Chap s’est mis à crier « descendez ! descendez tous ! » en tapant sur le plafond pour prévenir ceux restés sur le toit. Vingt ou trente centimètres de plus et on versait dans le ravin.

7 octobre.
Quelques spectacles sont prévus dans les bidonvilles de la capitale. Après le quartier « El Mesquital», nous allons à « Basurero de la Zona 3 », la plus importante décharge de Guatemala Ciudad. Les plus pauvres d’entre les pauvres trouvent dans ce que rejette la ville de quoi tirer un maigre revenu. Ici vivent une cinquantaine de familles spécialisées dans le tri des poubelles. Les enfants travaillent à partir de cinq ou six ans et sont tous « accros à la colle ». La décharge est devenue un lieu tabou où il est très difficile de s’implanter pour les organisations humanitaires. Après une longue période de mise en confiance, les volontaires d’ATD Quart Monde ont réussi à initier un travail de fond, aidés notamment par nos amis d’ERM. La mise en place d’un jardin d’enfants est une de leurs réalisations communes. Nous jouons un peu à l’écart de la décharge, perdus au centre d’un immense terrain vague, survolés par des milliers de « zopilotes » qui planent au-dessus des ordures. Une cinquantaine de spectateurs seulement pour cette fois-ci mais quels spectateurs ! Un membre d’ATD Quart Monde vient nous trouver, fou de joie que nous ayons joué ici. Sa plus grande satisfaction est d’avoir pu faire venir la plus misérable des familles, habituellement rejetée par les autres.


Notre avion décolle aujourd’hui à treize heures. Nous avons la matinée pour faire un dernier spectacle. Les autorités de Guatemala ont mis à notre disposition le Théâtre national de plein air et notre spectacle a été annoncé dans les journaux. Pour une unique représentation, gratuite bien sûr, c’est une règle à laquelle nous ne dérogeons jamais, viendra qui voudra, riche ou pauvre. Des enfants arrivent par écoles entières. Dès le premier numéro, le public réagit extrêmement bien. Monty, pris par l’ambiance, commence à improviser tout azimut. Les numéros se succèdent dans le même esprit. À la fin du spectacle, nous devons plier notre matériel à toute allure. Il est onze heures quarante cinq, nous partons vers l’aéroport.
Après ce que nous avons vécu ici nous nous sentons un peu du pays…
C’est promis, nous reviendrons.